de Maurice Zundel à des religieuses au Caire en 1965. Non édité.
Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d’entrer plus profondément dans le texte. Pour l’écoute, affichez immédiatement le texte complet en cliquant sur « lire la suite ». Les premiers mots de la conférence ne sont pas enregistrés.
Le soir du Jeudi Saint, notre Seigneur a fait trois choses :
Le suprême commandement de l’Amour
Aimer l’homme et faire de cet amour de l’homme le critère, la pierre de touche, de l’amour de Dieu.
Il a donné à ses disciples et à nous [DEBUT AUDIO] le suprême commandement de l’Amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ; c’est à cela que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13:34-35). Remarquez l’importance extraordinaire de cette Parole, qui est comme un testament, qui est le Nouveau Testament ; l’importance unique de cette Parole qui termine la carrière de Jésus, par la prescription non pas d’aimer Dieu, mais d’aimer l’homme…
C’est extraordinaire que la carrière la plus spirituelle et la plus divine qui fût jamais se termine par cette prescription d’aimer l’homme et de faire de cet amour de l’homme le critère, la pierre de touche de l’amour de Dieu.
Le lavement des pieds
Notre Seigneur, d’ailleurs, donne l’exemple, puisque il est à genoux devant ses disciples et devant toute l’humanité au lavement des pieds.
L’institution de l’eucharistie
Et enfin, notre Seigneur, après avoir donné le suprême commandement qui est de nous aimer les uns aux autres, après l’avoir mis en pratique, lui le premier, au lavement des pieds, notre Seigneur institue l’eucharistie.
Au centre de tout, l’amour de l’homme pour l’homme
Notre Seigneur est inséparable de l’humanité, comme il est inséparable de la divinité ; et il est impossible de le rencontrer authentiquement sans prendre en charge et sans assumer toute l’humanité et tout l’univers.
Ce sont trois choses qu’il ne faut jamais séparer : le commandement de nous aimer les uns les autres, le lavement des pieds, et l’eucharistie. Ces trois événements, ces trois manifestations suprêmes de la vie du Seigneur ont la même signification. Elles mettent au centre de tout l’amour de l’homme pour l’homme, l’amour du prochain, selon lequel s’accomplira le jugement dernier : « J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais en prison, j’étais malade ; et chaque fois que vous avez porté secours, chaque fois que vous avez aidé vos frères dans une situation analogue, c’est à mon secours que vous êtes venus. » (Mt. 25:35-45).
Notre Seigneur est inséparable de l’humanité, comme il est inséparable de la divinité ; et il est impossible de l’atteindre, impossible de le trouver, impossible de le rencontrer authentiquement sans prendre en charge, sans assumer toute l’humanité et tout l’univers. On n’a pas compris, généralement, que l’eucharistie c’était cela ; on n’a pas compris que l’eucharistie devait être comprise à la lumière du suprême commandement de nous aimer les uns les autres, et à la lumière du lavement des pieds.
L’eucharistie n’est pas une idole
On a fait plus ou moins de l’eucharistie une idole, on a enfermé Dieu dans un lieu, on a imaginé qu’il suffirait d’ouvrir la bouche pour entrer en contact avec lui. Comment notre Seigneur, qui a dit à ses apôtres : « Il est bon que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, l’Esprit saint ne viendra pas à vous » (Jn 16:7), comment notre Seigneur, qui reconnaît que sa Présence visible est un obstacle à la rencontre avec lui – car les apôtres, au lieu de la voir au-dedans d’eux-mêmes le voient devant eux, et tant qu’ils le voient devant eux, ils ne le voient pas.
Pour qu’ils le voient, il faut qu’ils voient dans son humanité le pur sacrement qu’elle est, il faut que, ils connaissent, qu’ils reconnaissent, qu’ils rencontrent cette humanité de notre Seigneur du dedans, du dedans. Et tant qu’ils la voient du dehors, ils ne la voient pas. Et c’est pourquoi notre Seigneur, avouant son échec, fait cette constatation tragique : « Il est bon que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Saint-Esprit ne pourra venir, ne pourra venir à vous ».
Peut-on imaginer que notre Seigneur va rétablir une idole qu’on pourra mettre devant soi, ou mettre dans la bouche, en imaginant qu’on le rencontre authentiquement ? Bien sûr que non. C’est tout le contraire ! Ce que notre Seigneur a voulu en instituant l’eucharistie, c’est ce qu’il a voulu en nous donnant le suprême commandement de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ; c’est ce qu’il a voulu en lavant les pieds de ses disciples et en nous demandant d’en faire autant les uns aux autres.
L’eucharistie, c’est venir à Jésus tous ensemble
Il faudra que chacun prenne la charge de tous les autres, et c’est quand vous formerez un seul corps, mon Corps mystique, c’est alors que vous pourrez m’appeler, c’est alors que vous serez en prise sur moi… C’est alors que vous deviendrez vous-mêmes l’Eglise.
Car l’eucharistie, c’est un rendez-vous, c’est une invitation à rencontrer Jésus, à découvrir Jésus et à recevoir Jésus ENSEMBLE, ENSEMBLE, ENSEMBLE, INSEPARABLEMENT, dans une communauté d’amour qui comprend tout l’univers. Pour me rencontrer, vous ne pourrez pas venir seuls, seuls avec votre égoïsme, seuls avec votre petite mesure, seuls avec vos besoins particuliers. Pour me rencontrer, il faudra que vous veniez TOUS ENSEMBLE, toute l’humanité, toute l’histoire, tout l’univers ; il faudra que chacun prenne la charge de tous les autres, et c’est quand vous formerez un seul corps, mon Corps mystique, c’est alors que vous pourrez m’appeler, c’est alors que vous serez en prise sur moi, c’est alors que vous ne ferez pas de moi une idole, en me limitant à votre mesure ; c’est alors que vous deviendrez vous-mêmes l’Eglise, c’est alors que vous entrerez dans ma vocation de second Adam, car le second Adam, c’est celui qui recommence toute la création, c’est celui qui axe, qui rétablit l’unité de l’univers dans l’immensité infinie de son amour.
Et nous ne pouvons aller à Jésus-Christ que en le reconnaissant comme le sauveur du monde, qu’en le reconnaissant comme le second Adam, en nous ouvrant nous-mêmes, en nous faisant catholique, c’est à dire en nous faisant universel. Et c’est cela que veut dire l’eucharistie : c’est une exigence d’universalité, une exigence de catholicité, une exigence de nous modeler sur le second Adam, Jésus-Christ, en assumant, en prenant en charge toute l’humanité, toute l’histoire et tout l’univers.
Il s’agit de nous faire universel
L’eucharistie suppose que tous les hommes sont rassemblés autour de la même table, ce qui suppose que nous communions avec les hommes avant de communier avec Jésus.
Il ne s’agit pas d’ouvrir la bouche seulement, ce serait une idolâtrie, une superstition indigne de Dieu et de l’homme. Il s’agit de nous faire Corps mystique, il s’agit de nous faire Eglise, il s’agit de nous faire universel, il s’agit de sauver le monde et de diviniser toute l’histoire et tout l’univers. Justement, l’eucharistie c’est une distance, une distance infinie, une distance d’amour. « Non, non, non, ne mettez pas la main sur moi, ne me touche pas, ne me touche pas, dit Jésus à la Magdeleine. Ne me touche pas, ne me prends pas par le dehors, c’est pas comme ça qu’on vient à moi » (Jn 20:17). Si l’eucharistie est un banquet, c’est justement parce que l’eucharistie suppose que tous les hommes sont rassemblés autour de la même table, ce qui suppose que nous communions avec les hommes avant de communier avec Jésus.
Ou, ce qui est plus juste encore, que la condition de notre communion avec Jésus, c’est notre communion avec toute l’humanité. C’est d’ailleurs le sens de ce mot magnifique et terrible du Sermon sur la montagne : « Si tu te tiens devant l’autel avec ton offrande et si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, – remarquez que notre Seigneur ne dit pas : si tu te souviens que tu as quelque chose contre ton frère – mais bien plus encore, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère et ensuite tu viendras apporter ton offrande » (Mt. 5:23-24).
Il faut donc que nous voyions dans l’eucharistie ce qu’elle est : le vehiculum caritatis, le lien, l’expression, le sacrement de la charité qui est nécessairement universelle. Que d’enfants ont communié, que de jeunes filles ont communié dans cette chapelle et dans toutes les chapelles de vos écoles ! Cela n’a rien changé en elles, rien, elles n’ont pas résisté mieux que d’autres aux sollicitations de la chair ; elles ont fait ça par habitude, parce que c’était l’usage et la coutume de la maison ; elles ne se sont pas engagées, elles ne savaient pas qu’il y avait dans l’eucharistie un engagement infini et que on ne pouvait pas communier authentiquement sans prendre en charge tout l’univers.
Entendez bien ceci, c’est capital : s’il n’y avait pas dans le monde au moins une âme, au moins une âme, en état de parfaite charité, en état d’ouverture à toute l’humanité, une âme enfin qui fit d’elle-même par l’universalité de son amour le Corps mystique de Jésus-Christ, toutes les messes seraient invalides, parce que la messe n’est pas un acte magique, la messe c’est l’appel du Corps mystique qui est seul en prise sur sa tête, sur son chef, qui est Jésus-Christ.
C’est pourquoi lorsque, on représentait dans un film un prêtre, infidèle à sa vocation, consacrant dans un bar par dérision un seau de champagne, c’était absurde. Il n’y a pas de possibilité de consécration en dehors du Corps mystique. C’est radicalement impossible : la consécration ne peut s’accomplir que dans et au nom du Corps mystique, dans et au nom de l’Eglise, et naturellement absolument invalide ailleurs. Nous ne sommes pas dans un monde magique, nous sommes dans un univers mystique, nous sommes dans un univers sacramentel, dont la clé est la désappropriation de soi, dont la clé est un amour universel.
Une rencontre authentique
Ne nous fions pas aux gestes inutiles d’amener les gens au confessionnal et à la table de communion pour obtenir simplement une statistique : « Nous avons tant de communions, tant de confessions, c’est merveilleux, nous réussissons, notre apostolat est couronné de succès… » Mais tout cela c’est du pharisaïsme, il s’agit de rencontrer authentiquement notre Seigneur, ce qui est impossible, comme dit Jésus lui-même à Nicodème, sans naître de nouveau, sans changer de « moi », sans passer « du dehors » au « dedans », et du « moi possessif » au « moi oblatif ».
Si nous gardons présente cette vision de l’eucharistie, nous comprendrons mieux que l’on va communier pour les autres et non pas pour soi. Si nous étions seuls, il n’y aurait pas besoin de communion, chacun irait à Dieu à sa manière, dans sa propre musique, avec ses images et ses symboles. S’il y a une eucharistie qui doit nous rassembler tous, s’il y a des sacrements communautaires, c’est justement parce qu’on ne peut pas aller à Dieu tout seul, on ne peut pas aller à Dieu en le ramenant à ses limites, on ne peut aller à Dieu qu’avec tous les autres, ensemble. On va donc communier pour les autres. Avec les autres, et pour les autres.
Et c’est pourquoi, si nous sommes sans aucune espèce d’émotion sensible, ça n’a aucune importance, nous n’allons pas communier pour nous, mais avec les autres et pour eux. Et il faut que notre communion soit le viatique de tous les mourants, soit l’illumination de toutes les solitudes, soit le soulagement de tous les malades, soit l’accomplissement de tous les défunts, soit la guérison de toutes les blessures et de toutes les fautes. Il faut que toute l’humanité communie en nous et avec nous, toute l’humanité et tout l’univers. Je ne célèbre jamais la messe sans penser que il y a derrière, derrière nous tous les siècles, tous les siècles, tous ces morts innombrables, ces milliards de visages inconnus et anonymes sont là autour de l’autel, et ils attendent ce moment qui doit nous rassembler tous dans l’unité, dans l’actualité d’une Présence unique, qui est celle de notre Seigneur, seul capable de rassembler tous les temps, tous les siècles, dans ce centre, dans ce centre unique où nous nous touchons tous, où nous sommes tous intérieurs les uns aux autres à travers tous les siècles, et qui est lui-même, qui est son cœur, qui est son Amour.
Baptisé pour les autres ; le confirmé est un envoyé
Toute grâce est une mission. On ne reçoit pas la grâce pour soi, mais pour la communiquer, et on ne la fait fructifier qu’en la communiquant.
Et ce qui est vrai de la communion, qui est le sacrement des sacrements, ce qui est vrai de l’eucharistie, est vrai de tous les sacrements. On n’est pas baptisé pour soi, on est baptisé pour les autres. Ce petit enfant qui est un consommateur, ce petit bébé qui est un parasite, qui a besoin de tout, qui ne peut rien faire, voilà que tout d’un coup il devient le sanctuaire de la Très Sainte Trinité, et voilà que il porte dans son coeur le Soleil du monde, et voilà qu’au lieu simplement de consommer, il donne, il rayonne, il diffuse la Présence infinie. Et s’il faut baptiser les enfants tout de suite, c’est justement pour que tout de suite ils deviennent ce foyer de rayonnement qui porte la Présence du Christ au monde.
Et cela est naturellement vrai à plus forte raison du confirmé. D’ailleurs, confirmation et baptême sont en réalité un seul sacrement d’initiation. Le confirmé qui reçoit l’Esprit saint, le confirmé qui est admis à la Pentecôte, et naturellement envoyé comme les apôtres, car toute grâce est une mission. Toute grâce est une mission. On ne reçoit pas la grâce pour soi, mais pour la communiquer, et on ne la fait fructifier qu’en la communiquant.
Pénitence et onction des malades
Il n’y a de faute que dans la mesure où il y a refus d’aimer, où il y a cette absence que nous opposons à la Présence de Dieu.
Ce qui est vrai du baptême et de la confirmation, sacrements d’initiation, est vrai aussi de la pénitence et de l’onction des malades, qui constituent aussi un seul sacrement de guérison et de résurrection spirituelle. On ne se confesse pas pour soi, on se confesse pour les autres et veuillez être ici extrêmement attentives. Il est parfaitement clair qu’il n’y a qu’une seule faute : le refus d’aimer, et qu’il n’y a de faute que dans la mesure où il y a ce refus d’aimer, où il y a cette absence que nous opposons à la Présence de Dieu. Il n’y a qu’une seule faute qui est le refus d’aimer, il n’y a qu’une seule faute qui est une blessure d’amour dans le coeur de ce Dieu qui est infiniment plus mère que toutes les mères. Il n’y a donc qu’une seule manière de réparer nos fautes, c’est d’aimer, d’aimer, d’aimer à fond, d’aimer au double et au triple, d’aimer toujours davantage. Car l’amour est incompatible avec le mal, incompatible avec la faute, et dès que nous aimons, la faute est abolie.
La seule réparation à nos manques d’amour, c’est l’amour
Il est donc absolument certain, puisque nous ne sommes pas dans un système juridique, puisque nous ne sommes pas en procès avec Dieu, puisque nous sommes dans un mariage d’amour, que la seule réparation à nos manques d’amour, c’est l’amour. Inutile de ressasser, de remâcher nos fautes, d’y revenir, de nous ausculter, de nous examiner, de nous clouer au pilori. C’est encore nous regarder nous-mêmes et retarder notre union avec Dieu. La seule réparation c’est, aussitôt, aussitôt, aussitôt que l’on s’aperçoit que l’on est sorti du dialogue d’amour, aussitôt d’y rentrer, alors c’est fini, c’est fini, c’est fini : on est de nouveau dans la plénitude de la rencontre, du mariage et de l’amour.
Pourquoi alors se confesser, si l’on a déjà retrouvé l’état de grâce ? Mais, justement, pour exprimer que nous n’avons pas seulement péché contre Dieu, mais contre l’humanité et contre tout l’univers. Chacune de nos fautes diminue la lumière du monde et fait du tort à toute l’humanité et à tout l’univers en retardant l’avènement de Dieu, en interceptant la diffusion de la lumière divine. Nous avons donc non seulement à réparer à l’égard de Dieu, ce qui est fait instantanément, mais à l’égard des hommes qui sont répandus dans l’histoire, et qui eux, ont une existence visible qui demande une réparation visible. Et nous allons nous confesser à l’humanité en la personne de notre Seigneur.
Nous nous confessons non seulement à Dieu mais à l’humanité, et comme le prêtre n’est que le sacrement du Christ, à travers le prêtre nous nous confessons à l’humanité de Jésus et à toute l’humanité. Et ainsi nous comblons, nous comblons la brèche que nous avons creusée dans cette chaîne de solidarité, dans cette immense communion spirituelle où nous sommes tous chargés les uns des autres. Notre confession est donc l’expression de notre solidarité avec les hommes qui ont faim et soif, non pas seulement de nourriture et de breuvage, mais qui ont faim et soif de Dieu et qui attendent de nous, justement, qui attendent de notre vie le pain vivant, le pain divin.
Nous recevons donc, dans le sacrement de pénitence, non seulement l’absolution de Dieu, mais l’absolution de l’humanité. Et c’est pourquoi, même si nous avons recouvré tout de suite l’état de grâce, à supposer que nous l’ayons perdu, ce qui est bien rare je l’espère, il reste que nous avons à nous confesser au temps opportun, quand nous le pourrons, que nous avons à nous confesser pour établir, pour rétablir l’équilibre de nos relations avec l’humanité.
Pour des religieuses
Mais ceci m’entraîne à vous dire ce qui est très important pour des religieuses. Vous ne pouvez pas sortir sans permission, il ne vous est pas facile de trouver toujours un confesseur à votre disposition, la langue même que vous parlez vous rend très difficile parfois une confession parfaitement claire et parfaitement détaillée ; alors, permettez-moi de vous dire, que de toute manière, vous ne devez jamais vous considérer comme obligées de ne pas communier parce que vous n’avez pas pu vous confesser.
Puisque vous pouvez retrouver l’amitié de Dieu en une seconde, puisque l’amour est incompatible avec la faute, si vous avez un désir sincère de communier, si vous avez vraiment la faim et la soif de Dieu, si vous êtes vraiment en présence de toute l’humanité et de tout l’univers, allez communier, et vous vous confesserez quand vous le pourrez, même s’il faut attendre des mois et des années.
Il ne faut jamais, en tout cas, jamais qu’une religieuse, pour ne pas se singulariser, pour que on ne le remarque pas, parce que tout le monde va communier, il ne faut jamais que elle soit amenée à un état de mauvaise conscience. Vous pouvez toujours, toujours et immédiatement vous enraciner dans l’amitié de Dieu par un acte vrai d’amour. La confession viendra en son temps si elle ne peut pas être faite immédiatement, et justement en vue de cette réparation à l’égard de l’humanité puisque nous recevons tous les sacrements non pas pour nous mais pour les autres.
Vivre l’onction des malades
Il faut vivre l’onction des malades : il s’agit de faire de tout ce qui reste de vie dans un être humain un don à toute la communauté.
Et c’est de la même manière qu’il faut vivre l’onction des malades. Il ne s’agit pas de préparer un mourant à cette rencontre terrible avec Dieu. Pourquoi terrible ? Puisque Dieu meurt d’amour. Pourquoi terrible ? Puisque Dieu est plus mère que toutes les mères. Mais non, il s’agit de faire de tout ce qui reste de vie dans un être humain un don à toute la communauté, il s’agit justement de vivre notre mort comme un acte de vie dans et pour la communauté. Le sacrement des malades, c’est une affirmation suprême de la communion des saints, et comme le petit enfant est baptisé pour échapper à ses limites, pour n’être pas un petit parasite qui dévore sans rien donner, pour être lui-même déjà le porteur du Soleil divin, celui qui est prêt à être délivré de ses fonctions terrestres, il fait de sa mort – du moins il est appelé à faire de sa mort – un acte de vie, un don de soi à toute la communauté, dans la communauté, dans la foi à l’amour, à l’éternité de l’amour et à la joie de la résurrection.
Le mariage
Il n’y a pas besoin d’ajouter que le mariage, dont saint Paul aux Ephésiens nous dit qu’il représente formellement et qu’il réalise l’union du Christ et de l’Eglise, il n’y a pas besoin de dire que le mariage est explicitement ordonné à la communauté, à toute l’humanité, à tout l’univers. Cette petite église qu’est le foyer, est naturellement contenu et ouvert sur la grande Eglise à laquelle il fournit ses membres, car l’Eglise ne dure à travers les siècles que justement parce que le mariage lui fournit constamment des visages et des cœurs nouveaux.
L’ordre et la paternité
Le sacrement de l’ordre est une paternité, il revêt le prêtre d’une paternité universelle qui le consacre et le donne au monde entier.
A peine besoin d’ajouter que le sacrement de l’ordre qui investit le prêtre, comme d’ailleurs la consécration religieuse investit la femme, pas besoin de dire que le sacrement de l’ordre est une paternité, revêt le prêtre d’une paternité universelle qui le consacre et le donne au monde entier. Rien n’est plus certain, rien n’est plus émouvant d’ailleurs pour un prêtre que cette expérience d’une paternité universelle. On ne lui demande pas qui il est, on ne lui demande pas d’où il vient, on ne lui demande pas quelle est son hérédité, sa nation, sa culture, on lui demande simplement d’être Jésus-Christ. Rien n’est plus émouvant pour le prêtre que cette expérience d’une paternité universelle. Il est obligé, en quelque sorte, obligé de se dépenser, obligé d’oublier ses frontières, obligé de donner plus qu’il n’a, parce que il n’est pas là, il n’est pas devant les âmes en sa qualité propre, il est là comme le sacrement de Jésus-Christ.
Désappropriation et pauvreté au cœur de l’Evangile
L’échelle admirable des sacrements illustre magnifiquement la vocation de désappropriation, la vocation de pauvreté qui est inscrite au cœur de l’Evangile.
Il est donc bien vrai que toute cette échelle admirable des sacrements, illustre magnifiquement la vocation de désappropriation, la vocation de pauvreté qui est inscrite au cœur de l’Evangile. Etre catholique, c’est être universel ; être catholique, c’est être une Présence à tous et à tout ; être catholique, c’est apporter non pas une doctrine que l’on peut discuter, mais une Présence que l’on peut respirer. Tout est là pour nous. Nous n’avons pas à attirer les autres à notre manière de parler ou de penser, nous avons à les aider à se libérer d’eux-mêmes en les libérant d’abord de nous-mêmes. Qu’ils ne rencontrent jamais en nous rien qui les puisses blesser, qu’ils rencontrent en nous que ce qu’ils attendent et espèrent d’un Dieu vivant, et que chacun de nos contacts avec eux leur donne le sentiment d’un espace illimité, et qu’ils nous quittent en emportant la joie.
« Je vous ai dit ces choses, – c’est la conclusion du discours d’adieu de notre Seigneur – je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15:11). Cette parole, nous avons à en faire notre consigne, comme de cette autre parole non moins magnifique : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et que cette vie soit débordante » (Jn 10:10). Oui, c’est cela notre vocation est de porter la vie et de faire qu’elle soit débordante. Notre vocation est de donner la joie, la joie parfaite qui est la rencontre sans limites avec l’Amour.
C’est la grâce que nous allons demander les uns pour les autres à notre Seigneur, par l’intercession de la Vierge immaculée, de la Vierge toute pauvre, de la Vierge qui n’a rien, de la Vierge qui a tout donné, de la Vierge qui depuis le premier instant de son existence est une offrande d’amour à Jésus et à toute l’humanité. Nous voulons demander cette grâce d’être les porteurs de la vie, les porteurs de la vie, les porteurs de la joie, afin que l’on sache en nous et par nous que l’EVANGILE EST LA BONNE NOUVELLE.