Homélie de Maurice Zundel aux enfants, à Lausanne en 1955. Non édité. Mercredi des Cendres.
Avec
la voix de Maurice Zundel qui nous permet d’entrer plus profondément dans le texte. Pour l’écoute, affichez immédiatement le texte complet en cliquant sur « lire la suite ».
Voir la pensée avec les yeux de l’âme, de l’esprit, du cœur
Un petit garçon de 3 ans et demi, qui s’appelait Magdi, un petit égyptien, dit un jour à sa maman : « Maman, ça parle là-dedans, ça parle, ça parle ! ». Il venait de découvrir… quoi ? Qu’est-ce qu’il avait découvert ?… Comment ? « La radio » ?…Non ! … Il avait découvert ?… « La conscience ». C’est bien ! Ou, si vous voulez, la pensée, la pensée ! Ça se parlait au-dedans de lui, c’était la découverte de la pensée.
Est-ce que vous pensez ?… Ah !… Avec quoi savez-vous que vous pensez ? Est-ce que vous pouvez voir votre pensée avec vos yeux ?… Alors ? Comment voyez-vous votre pensée ?… Avec quels yeux voyez-vous vous votre pensée ? ‘‘Les yeux de l’âme !’’ C’est très bien. Avec les yeux de l’âme, avec les yeux de l’esprit, avec les yeux du cœur ! D’accord ?
Voir Dieu avec les yeux de l’âme, de l’esprit, du cœur
Alors, et Dieu ? Et Dieu, est-ce qu’on peut le voir aussi, Dieu ?… Dites ?… Est-ce qu’on le voit, le Bon Dieu ?… Mais oui ! On le voit avec les mêmes yeux avec lesquels on voit… la pensée ! On voit Dieu avec les yeux de l’âme ! Avec les yeux de l’esprit ! Avec les yeux du cœur ! D’accord ? On voit Dieu avec les yeux… du cœur.
Les garçons, vous avez compris ça ? On voit Dieu avec les yeux du cœur. Mais pour voir Dieu avec les yeux du cœur, il faut avoir du cœur ! D’accord ? Vous avez du cœur ?… Pourquoi est-ce que les garçons sont si loin ? Si loin tout là-bas ? Est-ce que les garçons ont du cœur ?… Les petites filles ont du cœur ?… Quand est-ce que vous avez du cœur ?… Quand ?… Comment ?… « Quand on pratique la charité » Oui.
Un pasteur qui retrouve Dieu avec les yeux de son cœur
Il y avait un pasteur qui avait une petite fille qu’il aimait de tout son cœur. Il avait perdu sa femme et il aimait cette petite fille immensément. C’était toute sa joie, c’était le sourire de sa vie. Et un jour, comme le pasteur prêchait à l’inauguration de son temple, c’était le plus beau sermon de sa vie, sa petite fille qui avait été faire une commission, avait été invitée par un acteur à monter dans une balançoire. Elle était montée si haut dans la balançoire, que, elle s’était tuée, et quand le pasteur sortit de son église, après avoir parlé de la bonté de Dieu, il apprit la mort de sa petite fille. Alors, il eut un tel chagrin, il y eut une telle nuit dans son esprit que, il cessa de croire en Dieu. Comme si le Bon Dieu avait voulu lui faire du mal, en lui prenant sa fille.
Et il était tellement seul et tellement triste qu’il avait décidé de se tuer. Et il était monté au clocher de son église pour se jeter en bas. Et lorsque il arriva sur la plate-forme de son clocher, il rencontra l’acteur qui avait invité sa petite fille à monter dans la balançoire qui, lui aussi, était monté au clocher de l’église pour se tuer en se jetant en bas.
Alors ces deux hommes se rencontrèrent, se regardèrent, et le pasteur dit à l’acteur : « Je ne peux rien pour vous… Je ne peux pas vous aider ! » Alors l’acteur prit son élan pour se jeter en bas, et alors le pasteur le saisit et le sauva. Et c’est quand il l’eut sauvé en l’empêchant de se tuer qu’il retrouva, tout d’un coup, la Présence de Dieu.
Vous comprenez ?… Pourquoi est-ce qu’il a « retrouvé » la Présence de Dieu ?… Pourquoi ?… Parce que ?… Parce que ?… Parce que quoi ?… Voilà, parce qu’il a été charitable, parce qu’il a été bon : il a vu Dieu de nouveau avec les yeux de son cœur !
Dans un amour, dans une bonté, une rencontre de Dieu
J’ai connu une femme. Elle avait 65 ans au moment où je l’ai connue, et elle était paralysée, paralysée des pieds à la tête. Elle ne pouvait même pas se retourner dans son lit, tellement elle était paralysée. Il fallait la nourrir à la cuiller et elle était aveugle. Qu’est-ce qui lui restait ? Juste sa pensée : elle ne voyait plus rien qu’avec les yeux de sa pensée et de son cœur. Et jamais cette femme ne se plaignait. Il y avait 39 ans qu’elle était paralysée ; il y avait 30 ans qu’elle était aveugle. Elle ne se plaignait jamais. Pourquoi ?…
Eh bien ! Je vais vous dire pourquoi, elle me l’a raconté : elle était devenue paralysée au moment où elle allait se fiancer. Elle était une toute jeune fille, une très belle jeune fille, et tout d’un coup : paralysée ! Alors, le jeune homme qui l’aimait ne l’abandonna pas. Il acheta une petite voiture pour l’emmener à la campagne se promener. Il lui rendit tous les services qu’il pouvait lui rendre et, quand elle devint aveugle, il l’épousa.
C’était un grand amour, celui-là ! C’est magnifique, n’est-ce pas ? Le plus grand amour du monde ! Et un jour, ce mari qui l’aimait tant, qui était si bon, qui avait compris toutes les richesses du cœur de cette femme, le mari mourut subitement. Mais n’importe, elle avait eu cet immense bonheur d’avoir été aimée, et été aimée pour elle-même. Et, à 65 ans, après 39 ans de paralysie et 30 ans de cécité, elle gardait toute la lumière de cet amour parce que, dans cet amour, dans cette bonté, elle avait rencontré… Dieu. D’accord ?
Permis de tuer le cafard
Il est permis de tuer ?… Il y a quelqu’un qu’on peut tuer, savez-vous qui c’est ? Qu’on peut tuer sans pécher ?… « le démon… » Non !… c’est le cafard ! Vous savez ce que c’est le cafard ?… Avoir le cafard ?… Ça ne vous arrive jamais d’avoir le cafard ?… Est-ce qu’on peut tuer le cafard sans pécher ?… « Oui ! » C’est même ça la grande occupation du carême : ça doit être de tuer le cafard des autres.
Quand vos parents ont le cafard – cela leur arrive – leur front se rembrunit. Ils ont des soucis, ils ont de la peine à boucler leur budget à la fin du mois. Hum, Ils sont fatigués, vous les avez mis à bout de nerfs. Ils ont le cafard, qu’est-ce que vous pouvez faire pour tuer le cafard ?…
Un oubli de soi-même qui permet la rencontre de Dieu
Il y avait un avocat, un avocat qui était très riche, vous savez ce que c’est qu’un avocat ? Qu’est-ce que c’est ? Et bien un avocat très riche qui avait beaucoup gagné d’argent ou plutôt gagné beaucoup d’argent, et… il était affreusement égoïste. Il ne pensait qu’à faire la guerre à sa femme et à ses enfants. Tout le temps en état de guerre avec sa femme et ses enfants. Et puis, un jour, après 40 ans de guerre, sa femme est morte. Alors, il s’est dit : « Eh bien oui, moi aussi, je peux mourir, c’est idiot ce que j’ai fait jusqu’à maintenant ».
Alors, il a donné tout son argent à ses enfants. Il est allé s’installer à la campagne et il a commencé à réfléchir. Et un jour, une de ses petites-filles qui avait un grand chagrin est venue habiter avec lui. Et pour la première fois de sa vie, il a regardé quelqu’un d’autre que lui-même, il a voulu consoler le chagrin de cette petite-fille. Il s’est oublié lui-même, tellement que, un jour, il a enfin rencontré, dans son cœur, la Présence de Dieu. Et il écrivait son journal, et il a écrit une phrase. C’était la dernière phrase qu’il écrivait dans ce journal : « J’ai enfin rencontré aujourd’hui cet amour adorable qui est… Dieu. » Vous comprenez ? Et c’est en écrivant ce mot qu’il est mort. Mais, ça suffisait, il avait fait la grande découverte ! Comment est-ce qu’il avait découvert Dieu ? Justement, parce que il s’était oublié lui-même et qu’il avait voulu consoler le chagrin de quelqu’un d’autre.
Les membres de Jésus-Christ sont tous les hommes, et déjà les pauvres
Il y a un grand homme, dont vous avez peut être entendu parler parce que on a célébré un de ses centenaires cette année, Pascal. Pascal, qui était un très grand savant et qui aimait beaucoup, beaucoup Jésus, Pascal, comme il se sentait très malade, il voulait communier. Mais les médecins ne voulaient pas qu’il communie, disant que c’était pas le moment, que il n’était pas assez malade pour se préparer à la mort. Mais Pascal sentait qu’il allait mourir. Alors, qu’est-ce qu’il a fait ? Il a demandé – écoutez bien ceci – il a demandé puisqu’il ne pouvait pas recevoir l’Eucharistie, la communion, qu’on amène un pauvre dans sa maison, malade comme lui, qu’on prenne une infirmière pour lui afin qu’il puisse communier, à travers ce pauvre, à la Présence de Jésus et il a dit ce mot, je ne sais pas si vous le comprendrez, ce mot magnifique : « Puisque je ne peux pas communier au Chef qui est Jésus, je voudrais communier dans un de ses membres, car les membres de Jésus-Christ, ce sont… tous les hommes, et en particulier… en particulier les pauvres ».D’accord ?
Ouvrons les yeux du cœur : Dieu c’est quand tu es bon
Alors, qu’est-ce que nous allons faire nous, qu’est-ce que nous allons faire ? Qu’est-ce qu’il faudra faire vous les petits garçons et les grands garçons, et les petites filles et les grandes filles ? Qu’est-ce qu’il faudra faire pour trouver Dieu ? Pour voir Dieu, qu’est-ce qu’il faudra faire ?… « Etre bonne ! » Ça c’est chic, être bonne, voilà ! Alors, Dieu c’est ? Qu’est-ce que c’est que Dieu ? Dieu c’est la bonté même, et d’avantage : Dieu, c’est quand tu es bonne, hein ! Dieu c’est quand tu es bon, Dieu c’est quand tu es bonne. C’est du mauvais français de dire ça, mais c’est une grande vérité : c’est quand tu es bon. Par ce que, pour être sûr de voir Dieu, il faut ouvrir les yeux… du cœur et on ouvre les yeux du cœur que si on pense… aux autres, si on cherche à tuer leur cafard, et à leur donner la joie. D’accord ?
Vous allez retenir ça ? On voit Dieu avec les yeux du cœur ; on voit Dieu quand on s’oublie ; on voit Dieu quand on tue le cafard des autres ; on voit Dieu quand on donne la joie. Et finalement pour vous comme pour moi, nous ne ferons vraiment la rencontre avec Dieu aujourd’hui que si nous ouvrons les yeux de notre cœur, car Dieu c’est quand… tu… es… bon !