29-30/06/2013 – Confiteor

Texte
de Maurice Zundel publié dans « Le Courrier de Genève » du dimanche 20 septembre 1925, et reproduit dans la 1ère édition du « Poème de la Sainte Liturgie », p.29

 

« J’irai à l’autel de Dieu. Au Dieu qui remplit de joie ma jeunesse. »

 

C’est ainsi que l’Eglise commence sa prière.

Aussi bien est-ce la fin même du Mystère qui va s’accomplir : la joie et la jeunesse.

 

« Leur âme sera comme un jardin bien arrosé :

ils ne souffriront plus de la faim ;

et les vierges en chœur, se réjouiront, avec les jeunes hommes et les vieillards.

Et je changerai leur deuil en allégresse

– dit le Seigneur, en Jérémie –

Je les consolerai, et de leur douleur Je tirerai la joie. »

 

Et leur jeunesse, ajoute le Psalmiste, comme celle de l’aigle, se renouvellera. C’est de quoi nous rêvons tous. C’est pour cela que nous vivons : pour atteindre quelque chose de meilleur encore que le Paradis perdu, dont nous obsède le souvenir – quelque chose, justement, qui ne puisse se perdre, et que Dieu nous a promis.

 

Il l’a promis, et sa Parole ne fléchit point. – Mais sa fidélité ne garantit pas la nôtre. Entre les perspectives qui s’ouvrent au premier éblouissement de la foi, et l’étape que nous sommes en train de franchir, il y a l’abîme de nos défaillances possibles. Alors à quoi bon l’élan au départ, quand tant d’incertitudes enveloppent la marche ?

 

« Notre secours est dans le nom du Seigneur,

Qui a créé le Ciel et la terre. »

 

Si notre suffisance était en nous, notre perte serait assurée. – Mais notre impuissance est si évidente à nos yeux, que la Toute-Puissance nous a seule paru de taille à la combler. (Et l’œuvre, en vérité, est plus grande que le jaillissement des mondes, qu’il s’agit d’accomplir, pour situer notre âme au niveau de la vie divine). Et nous nous sommes démis de nous-même, et nous avons levé nos yeux vers les Monts, et nous avons dit : « Confiteor Deo omnipotenti… »

 

« Je confesse à Dieu Tout-Puissant » – qui peut faire de la lumière avec la boue –

« à la Bienheureuse Marie toujours Vierge » – qui couvre de son innocence chacun de ses fils –

« au Bienheureux Michel Archange » – qui, de ses ailes étendues, dissipe les rêves impurs –

« au Bienheureux Jean-Baptiste » – qui nous montre du doigt le Sauveur et le médecin –

« aux Saints Apôtres Pierre et Paul », – qui se glorifient dans leurs infirmités –

« et à tous les Saints » – qui savent quel est le mal et quel est le remède –

« et à vous mes frères » – qui oubliez trop, qu’étant de même argile,

                                 je suis faible autant que vous-mêmes –

« que j’ai beaucoup péché, en pensée, en parole, et en action,

par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute... »

 

C’est ainsi que, défiant de sa prière même, ployé en deux devant l’Autel, le prêtre justement humilié, de la seule Charité attend l’allègement de ses fautes. Et le peuple fidèle – nation sainte, tribu sacerdotale ­auquel l’Amour, au bénéfice d’autrui, prête une confiance que pour soi-même il ne se sentirait point, fraternellement lui suggère d’espérer :

 

« Que le Seigneur Tout-Puissant vous fasse miséricorde,

en vous remettant vos péchés, et qu’il vous conduise à la vie éternelle. »

 

C’est à ce moment, seulement, que le prêtre, réconforté par ce souhait, se relève pour écouter, à son tour, la confession du peuple, et lui adresser le même encouragement. Puis, pour investir de la gloire du Christ l’indigence des autres et la sienne propre, il se signe, disant :

 

« Que le Seigneur, Tout-Puissant et miséricordieux, nous accorde,

avec son indulgence, l’absolution et la rémission de nos péchés. »

 

Et il s’incline encore – mais moins profondément que tout à l’heure, avec quelque chose de plus filial et de plus assuré – pour cette brève litanie, où demandes et réponses se succèdent ardentes et brèves : comme des javelots de feu, pour faire le siège du Cœur de Dieu :

 

« En vous tournant vers nous, mon Dieu, vous nous donnerez la vie

Et votre peuple en vous trouvera sa joie.

 

Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde,

Et donnez-nous votre Sauveur.

 

Seigneur, écoutez ma prière,

Et que mes cris montent jusqu’à Vous.

 

Le Seigneur soit avec vous !

Et avec votre âme aussi. »

 

Le prêtre alors se redresse, élève les mains à la façon des orantes antiques, et gravit les degrés qui conduisent à l’Autel en récitant cette vénérable oraison :

 

« Eloignez de nous, nous vous en prions, Seigneur,

nos iniquités pour que nous puissions, avec un cœur pur,

pénétrer dans le Saint des Saints.

Par le Christ, notre Seigneur : Ainsi soit-il. »

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