19-21/10/2012 – Prouilhe- de Boissière

Questions
générales
(Réponses par le père de Boissière)

 

Peut-on distinguer des étapes dans la vie de Zundel, des tranches de vies ?

Bien sûr, vous avez-vus dans le récit que j’ai fait de sa biographie, qu’à l’âge de 14/15 ans, il y a des étapes fondamentales qui ont changés complètement son comportement qui était déjà très ouvert. Il y a une sorte de révélation, d’illumination à propos de la très sainte vierge, de son immaculée conception, ou il a vu la transparence dans l’oblation. Il ne s’agit pas du tout d’être préservé du péché originel, parce que l’on peut discuter longtemps sur le péché originel, mais il s’agit de quelque chose de très pratique. A partir de ce moment là, grâce à cette illumination qui a continué dans son cœur, ses relations en particulier avec les femmes qui sont pour un prêtre très fréquentes, mais souvent l’occasion de difficultés, il a été grâce à cette présence de la sainte vierge libéré de toute tentation, de sensualité, pour voir avec toutes ses relations – j’en ai connu un certain nombre et j’ai beaucoup de correspondances, – les voir comme la Sainte Vierge ou comme le Christ pouvaient les voir. En les aimant pour elles-mêmes. Purement, transparent. Pour lui ce mystère de l’immaculée conception est une étape définitive et à la fin de sa vie il y reviendra encore.

 

Une autre étape, c’est celle de la pauvreté. Vous-vous rappelez qu’il a été très touché par l’exemple de Jean Valjean dans les misérables, que lui avait cité cet ami protestant. Il a décidé à ce moment là, une décision définitive qu’il a mise en route, donc une nouvelle étape, d’être vraiment pauvre. Et de découvrir petit à petit la pauvreté dans Dieu même. Grâce aussi à François d’Assise plus tard.

 

La découverte aussi de la beauté de la liturgie. Pendant 2 ans, dans les années 1913-1915, il a été dans une abbaye de langue allemande à Einsiedeln une abbaye bénédictine qui existe toujours, qui est très connue, qui est magnifique, avec de temps en temps des concerts polyphoniques dans les grands-messes. Là, il a découvert ce que c’était que le silence. Là aussi c’est une grande découverte. Le silence créateur. Où comme le vide créateur. Le silence qui permet de faire taire tout ce qui est remue-ménage, sorte de petite tempête – qui peuvent être très fortes – en nous-mêmes pour vraiment trouver la paix. Donc des étapes.

 

Plus tard, après 6 ans d’un ministère extrêmement fécond dans une paroisse relativement pauvre – pas comme dans les banlieues des grandes villes – mais à Genève, il a été envoyé par son évêque à la suite d’une dénonciation calomnieuse – et puis aussi parce qu’il se comportait d’une façon inhabituelle, il se donnait tellement, il a bouleversé cette paroisse en l’animant d’une façon « zundelienne » avec tout ce que vous savez déjà, et son évêque l’a envoyé à Rome refaire sa théologie. Lui qui connaissait déjà admirablement St Thomas, il se levait même à 2 heures du matin, car la première partie de la nuit il n’avait pas le droit de travailler. Il se levait la seconde partie de la nuit pour étudier la somme théologique, la connaissant mieux que ses professeurs. Son évêque le renvoie auprès du père Garrigou-Lagrange, qui était le grand thomiste dominicain, très célèbre, pour refaire cette théologie. Là c’était une autre étape douloureuse, mais il s’est remis au travail d’une façon nouvelle et c’est là probablement qu’il a connu François d’Assise à partir de Rome en allant à Assise.

 

Voilà des étapes, il y en a eu bien d’autres ; toutes nos vies sont des étapes avec des moments de joie, d’épreuves graves, de deuils… Donc là des tranches de vie, des étapes. Ca nous aide nous aussi dans nos propres étapes. Quand on a quelque fois une épreuve très grave, grâce au Seigneur, on peut s’en tirer. Quelque fois d’une façon inconnue, inhabituelle mais réelle.

Pourquoi a-t-il voyagé ?

Il a voyagé par ce que l’on ne voulait plus de lui en Suisse. C’est un peu comme le père Teilhard, qui avait fait un cours dans les années 1921-1922 à l’institut catholique ou il faisait intervenir déjà l’évolution. Alors là il était considéré comme dangereux, et comme il avait fait des études de paléontologie avant, on lui a proposé de partir en Chine. Et c’est à partir de ce voyage en Chine que sa vie a été complètement transformée. Il est devenu itinérant, c’est un grand savant en paléontologie, à la recherche de l’origine de l’homme. S’il n’y avait pas eu cette dénonciation au départ, il serait peut-être resté tout simplement professeur à l’institut catholique comme Zundel serait peut-être resté en Suisse.

Pourquoi l’orient ?

Il était très attiré par le proche orient. Par l’Egypte. C’est grâce à Louis Massillon, le grand spécialiste du monde arabe surtout dans son aspect spirituel et mystique. Grand spécialiste de [Hussein Mansour] al-Hallâj qui était un des grands mystiques, condamné d’ailleurs par le monde officiel, un peu comme maître Eckart, car il parlait trop d’unité entre Dieu et l’homme. Il a été crucifié à Bagdad dans les années 900. Zundel a été très attiré par ce monde de la foi. C’est Massillon qui lui a proposé d’aller en Egypte. Là, il a découvert ce que c’était que l’Islam, dans toute sa beauté, dans sa foi, mais aussi dans son refus du message trinitaire et dans sa radicale coupure d’avec le catholicisme, où le musulman considère que le catholique est un athée parce que Dieu engendre, Dieu a un fils. Or pour le musulman Dieu ne peut pas engendrer : Dieu, c’est le tout autre absolu ; refusant l’incarnation, refusant à plus forte raison la crucifixion du Christ. Mais avec un grand respect pour le Christ quand même.

 

Pourquoi l’orient ? Ça été aussi le Liban où il a été beaucoup mieux reçu car les gens sont plus mystiques qu’en Europe et en Suisse en particulier, où il y a une tentation de matérialisme et de fonctionnarisme dans le clergé. Il a été beaucoup mieux reçu, un peu comme un prophète.

Au Caire, les chauffeurs de bus le connaissaient alors que lui ne se mettait jamais en avant. Ils s’arrêtaient spontanément pour le prendre et l’emmener là où il voulait aller, alors qu’il voulait toujours marcher à pied. Il a laissé là-bas un souvenir extraordinaire dont j’ai pu ramener des enregistrements, des témoignages, j’ai fait la connaissance de cette égyptienne, qui voulait quand elle était toute petite concurrencer Dieu, attendre d’être elle-même Dieu. Ce fut une bienfaitrice plus tard, je la remercie infiniment d’avoir dépassé cette expérience pour être une grande amie de Zundel, alors qu’elle était veuve. Sa correspondance m’a été extrêmement précieuse. C’est grâce à Massillon au départ, et comme c’était la guerre, il est arrivé chez les Carmélites à Noël au Caire, en 1939. A partir de mai 1940 il n’y avait plus de communications possibles. Il est resté 6 ans. Il aurait pu repartir au bout de 5 ans mais il est resté une année supplémentaire pour mieux connaître l’islam et se perfectionner en arabe. Il avait un don pour les langues exceptionnel. L’orient, et puis ce fut le Liban. Il y allait tous les deux ans, après y avoir été 6 ans, surtout l’Egypte. Il y était reçu magnifiquement. En particulier par les dominicaines de Beyrouth, dont la prieure, la mère Bruno, était une femme admirable, qui était une grande amie de Zundel, et dont Zundel à décrit la vie, et que j’ai, très précieuse. 

Ce centre identique en nous et dans les autres

Je puis vous dire que le dernier livre de Zundel, avant sa retraire au Vatican, dont le texte a été publié après sa mort, le dernier livre c’est « Je est un autre ». C’est une phrase de Rimbaud, dans la « lettre du voyant », c’est jeté comme cela comme des illuminations de Rimbaud, et Zundel a repris cette sorte de phrase très concise, assez extraordinaire, pour lui donner toute sa valeur spirituelle. Là, on rejoint le mystère trinitaire, où aucune personne n’a d’ego propre, tout est relation, et la vrai définition du mystère trinitaire, c’est un mystère de relation subsistante, c’est essentiellement relationnel, et c’est comme ça que Zundel utilisait souvent ce vers dont je voudrais bien connaître l’auteur, « un oiseau qui ne serait que vol ».

Ce qui compte avant tout c’est l’amour, et c’est comme le vent dont on ne sait pas d’où il vient ni où il va, comme avec Nicodème, mais c’est le vent qui est la substance même. La substance trinitaire c’est l’amour, c’est un amour partagé entre le père et le fils, sans arrêt si on peut dire. Le père donne tout, le fils reçoit tout, renvoie au père, et c’est ce mouvement qui est l’Amour, c’est une certaine façon de comprendre le mystère trinitaire, une façon qui est plus proche de nous mais qui n’est pas parfaire, c’est un ménage idéal. Une famille. Le père donne tout à sa femme, ne gardant rien pour lui, ça peut arriver, peut être pas parfaitement, dans des ménages merveilleux, il y en a quand même que l’on connaît, des exemples, où il y a vraiment un amour partagé, avec une générosité de part et d’autre très grande. Et les parents, orientés vers leurs enfants qui leurs rendent aussi, dans une unité familiale, un amour familial partagé. Il y a trois pôles et aucun ne s’arrête, comme dans cette magnifique fresque peinture de Roublev sur la trinité.

Donc cette unité qui est plus grande que la solitude. Unité ne veut pas dire seul. C’est une unité de relation.

Conséquence de l’assomption dans la conception de Dieu.

L’assomption, c’est le retour de la Sainte Vierge auprès de son fils. Auprès du père aussi. C’est notre destinée. C’est une façon de nous préparer à la mort quand on est suffisamment conscient, ou être aidé en pensant au retour de la vierge qui avait sa place préparée. Comme le Christ dans St Jean nous prépare la place. C’est notre future assomption.