Le Père Berthuit, réalisateur des vidéos où France-Marie Chauvelot nous présente Maurice Zundel, a bien voulu mettre à notre disposition le texte de sa dernière conférence sur La Trinité, donnée à Toulouse. Nous l’en remercions vivement.
Remarque : « Hors Evangile » en ce sens que notre contemporain connaît peu ou pas grand chose de l’Evangile et en ce sens que les valeurs évangéliques ne sont pas nécessairement les siennes, même s’il est des personnes qui les vivent sans le savoir.
« Critères pour le chrétien » ou à quelle(s) référence(s) accrocher sa vie… pour être sûr de ne pas se fourvoyer.
Ière PARTIE : LE TABLEAU « Un Monde hors Evangile »
Tout est affaire de tableau … Il faut donc dresser le tableau. La tentation, inhérente à l’homme, à tout homme, est de se considérer, consciemment ou non, comme le centre de l’Univers …
« Vous serez comme des dieux » (Gn 3/5)
L’individualisme et ses corollaires (égoïsme, orgueil, peur etc … ) sont le résultat de cette erreur de départ… « Vous serez comme des dieux »… Je suis « Dieu »… Et, en notre époque, où l’absence de Dieu (je parle de l’Unique) est des plus manifestes, cette idée de la seule divinité de l’homme est, plus ou moins consciemment, ancrée au point que nous en sommes tributaires.
L’erreur est foncière (au sens étymologique foncier signifie qui est « au fond du caractère », c’est-dire l’ancrage et une quasi-forme indélébile) … Foncière ! A preuve, le récit de la chute en Genèse Chapitre 3
.
[1] Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme: « Alors, Dieu a dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » [2] La femme répondit au serpent: « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. [3] Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » [4] Le serpent répliqua à la femme: « Pas du tout! Vous ne mourrez pas! [5] Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.
[6] La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. [7] Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.
[8] Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. [9] Yahvé Dieu appela l’homme: « Où es-tu? » Dit-il. [10] « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » [11] Il reprit: « Et qui t’a appris que tu étais nu? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger! » [12] L’homme répondit: « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé! » [13] Yahvé Dieu dit à la femme: « Qu’as-tu fait là? » Et la femme répondit: « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé. »
… Et le mal était fait. Nous voici, comme des dieux, côte à côte. La preuve !!!
1) L’individualisme engendre les divisions.
Ces deux-là, à peine unis ; ces deux-là, Adam et Eve, à peine conscients de leur interdépendance ( »os de mes os, chair de ma chair » dit Adam à »sa moitié »), ces deux-là reprennent leur indépendance … Dès lors, ils s’opposent. Dès lors, ils s’accusent. « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé. »
« C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé…«
L’erreur est foncière (un autre élément d’étymologie du terme « foncier » ajoute qu’il s’agit d’un élément qui est relatif à un fonds de terre ») … Cette erreur a même des conséquences foncières : le sol est maudît ; il produit épines et chardons …
2)L’individualisme engendre un déséquilibre (on pourrait parler d’écologie), un déséquilibre économique, social, naturel etc … Le déséquilibre naturel, économique, social etc … n’est pas le résultat d’une punition (« qui a péché, lui ou ses parents… » Jn 9, 1s) il est la logique même de l’individualisme.
L’individualisme se refuse à l’interdépendance, à la dépendance (non conçue comme une contrainte qui supprimerait la liberté. L’interdépendance est un faire-valoir)
Je serai tenté de dire que le péché est aussi refus de la dépendance- ( … )
L’Amour, ce mot, cette quête, cette réalité, si installée dans notre quotidien, dans nos espoirs, dans nos joies… est fait de dépendance. Aragon, parlant de son Amour Elsa, a ces mots justes et significatifs : « Que serais-je sans toi…Ma vie est à partir de toi… »
Exemples
Si nous regardons la vie aujourd’hui, on perçoit à la fois les risques d’individualisme mais aussi les chances de la dépendance. L’individualisme, au plan social, fait renaître les corporatismes … Chacun se préoccupe de sa survie ou de son avoir, ou de son bien-être … On a du travail et au mieux on dît « dommage pour ceux qui n’en ont pas »… On a du pain ; dommage pour les innombrables miséreux qui n’en ont pas … Le rythme est binaire, à deux temps.
Sur un plan économique et planétaire, les relations Nord-Sud sont en l’état depuis des décennies. Tous les experts s’accordent pour dire que la production ne suffit plus à nourrir la planète … et on continue à parle de la dette du « Tiers-Monde ». Le Nord campe sur son égoïsme ; le Sud campe sur sa misère. Le rythme est binaire, à deux temps.
Sur un plan quotidien, c’est la loi du « qui se ressemble s’assemble ». On recherche le semblable, parce que, dans cette relation, il n’y a pas d’opposition, pas de contestation, pas de critique.( pas d’interdépendance mais assimilation »)
Note : A l’extrême, on se ressemble tellement qu’il n’y a plus de dépendance. L’autre n’existe plus pour lui-même ; il n’est que le réceptacle de mes désirs etc … Pas de dépendance, mais assimilation. (Voir l’exemple de Gustave Thibon : la poule qui couve).
On campe sur un bien-être à deux ou à plusieurs. Autrui n’est pas conçu comme une différence, mais comme une indifférence. ( L’autre n’est que l’objet du besoin que j’ai de m’épancher, ou de me sécuriser ; la relation n’a ici aucune importance). Le rythme est ici binaire, à deux temps. (Eux et nous, elle et moi, Nous et les autres … )
A noter que le terme « affection » comporte un double sens. Il est l’expression d’un sentiment qui me relie à quelqu’un mais il est aussi l’expression d’un malaise quand j’ai des affections respiratoires. Il n’est pas impossible de penser qu’il est des sentiments affectueux qui soient aussi infectieux. On se ressemble, on s’entend bien … On s’accueille ! Le rythme est binaire, à deux temps. (Lui et Moi) On ne s’entend plus, on se rejette, on s’oppose, on s’indiffère ! Le rythme est binaire à deux temps, (Elle ou Moi).
On en oublie la complémentarité-dépendance qui est gestation, enfantement douloureux (Rom 8/18s)
[18] « J‘estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.[19] Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu: [20] si elle fut assujettie à la vanité, — non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise, — c’est avec l’espérance [21] d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. [22] Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. [23] Et non pas elle seule: nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. [24] Car notre salut est objet d’espérance; et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer: ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore? [25] Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance.
[26] Pareillement l’Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, [27] et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu. [28] Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein.
Ici le rythme est ternaire (Lui en moi et ce qu’on enfante).
Que ce soit de personne à personne, que ce soit de personne à groupe (et réciproquement) que ce soit de groupe à groupe, Que ce soit dans la vie quotidienne, dans la vie politique, économique, sociale (et même religieuse), Le rythme est principalement et actuellement binaire … et la relation est, soit conçue comme miroir, soit vécue comme appropriation ou conflit. Ainsi, la dépendance (et la solidarité qui est sa mise en œuvre) est miroir ou conflit (ou indifférence, ce qui est la forme la plus vive, la plus radicale de l’individualisme) Dans un monde qui vit »hors Evangile », l’individualisme est Royaume et chacun est roi …
3 L’individualisme fait de chacun (personne ou groupe) une entité monolithique … inattaquable … à jamais figée … Chacun sa coquille. Même chose pour les fondamentalismes religieux.
Note :
Sur un plan religieux, l’individualisme fait les fondamentalismes. La tentation du fondamentalisme cède à la peur. « Elle recèle un besoin de sécurité qui, sous prétexte de croire mieux et plus, se dérobe en réalité à la condition première de la Foi qui est chemin dans l’obscurité vers la lumière de la vision de Dieu. » (Joseph Moingt Etudes XII 88)
« La tentation du fondamentalisme est une expression individualiste du religieux (Peut-on parler de foi ?) d’une vérité figée, d’un Dieu à jamais et totalement révélé (voire défini) » (Etudes (id) 678a.
Dans cette conception, Dieu devient l’obligé du croyant, ou plutôt du religieux.
L’individualisme induit l’isolement (la solitude mal comprise) et fait les solitaires.
C’est fou le nombre de gens seuls. « Il vaut mieux être seul que mal accompagné. » Notre société est malade de la relation.
Reprenons le récit de la chute (Gn 3) : il est significatif à cet égard.
Adam dit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé… » Adam parle en son nom ; il agit ici en solitaire. Il n’a pas fauté ! C’est la femme !!! Au besoin, Dieu porterait lui aussi une part de la faute : n’est-ce pas lui qui a mis la femme auprès d’Adam ? (Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme pareille ?)
Et Eve ? Elle dit : « C’est le serpent qui m’a séduite et j’ai mangé ! » Elle parle en son nom, agit en solitaire. Elle n’a pas fauté.
Ces deux-là, Adam et Eve, vivent ici, côte à côte (eh oui!). Ils se situent, face à la faute, individuellement
(« C’est la femme – C’est le serpent — Elle et moi – Lui et moi).
Le rythme est à 2 temps, binaire.
Le refus de la responsabilité du péché est ici significative d’une non-solidarité dans la reconnaissance du mal.
4)Dans un monde qui vit « hors Evangile », l’individualisme engendre les séparations, les mises à part.
Dans la conception latente que nous avons de la divinité, du dieu, il y a l’idée d’un être à part … et l’idée est dans la Bible … Osée l’exprime ainsi : « Je suis Dieu et non pas homme » (Os 11/9). Le Tout est de savoir ce qui fait que Dieu est un être à part, le Tout Autre. Toujours est-il que, dieu moi-même, je me considère à part. « Je te rends grâce, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » (Lc 18/9). Eux et Moi… « Je ne suis pas comme ce publicain » – Lui et Moi. L’individualisme a souvent pour conséquence : la bonne conscience (qui, j’aime à le répéter, n’est pas nécessairement conscience du bien). C’est le propre de l’esprit pharisien (pharisien signifie »séparé »’). Dans la logique, les séparations font les barrières. les cloisonnements et donc les exclusions. Dans un monde qui vit « hors Evangile », on ne compte pas les barrières, ni les exclusions… Et ce, même dans notre Eglise.
5.) Poussons encore ! L’individualisme, en créant les cloisonnements, les exclusions, débouche (logique) sur la comparaison ; la comparaison implique le jugement ; le jugement a toujours une sanction à prononcer ; la sanction est parfois condamnation. (Il y a le juge et le condamné – Lui et Moi). L’autre est ici terre étrangère … Il est étranger.
Voici le tableau dressé, disons la principale coloration de la société actuelle, et des mentalités qui l’habitent et l’animent. C’est un regard global qui n’inclut pas toutes les exceptions qui le confirment.
II eme PARTIE
Il eut fallu développer et approfondir la conception latente de la divinité de l’homme dans un monde »hors Evangile ». Je n’en ai développé qu’une des conséquences criantes l’individualisme.
La Conception du « dieu » est fausse, du dieu que chacun de nous est … Même s’il est l’Etre à part, Dieu l’est d’une manière originale. Pour l’instant, il y a maldonne.
Le rythme est à 2 temps ; il est binaire (Un – Deux : il y a du défilé dans ce rythme, il y a du militaire dans ce rythme … du totalitaire). Le rythme à deux temps induit soit l’assimilation de l’autre, soit le rejet de l’autre. Et les quelques excursions que l’on fait par rapport à ces 2 possibilités sont soit l’expression d’un besoin, soit d’un désir, d’une morale prise pour elle-même, en elle-même et de son corollaire (la bonne conscience), toutes choses égo-centrées ou l’expression d’une autre possibilité, d’un autre rythme qu’une valse à 2 temps. (Ces excursions sont la perception d’un autre rythme).
Dans un monde « hors Evangile », pour un chrétien, l’autre possibilité, l’autre rythme est ternaire … trinitaire … La Bible, la Théologie nous disent que Dieu est Trinité. Dieu est Un mais en trois personnes. Il ne s’agit pas d’un individu isolé, « d’une monade repliée sur elle-même », d’une entité monolithique … Dieu Trinité est Amour. C’est St Jean qui nous le dit.
Lecture de 1 Jean 4, 7-21.
[7] Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. [8] Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu,car Dieu est Amour. [9] En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. [10] En ceci consiste l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. [11] Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. [12] Dieu, personne ne l’a jamais contemplé.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. [13] A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous: il nous a donné de son Esprit. [14] Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. [15] Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. [16] Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru.
Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. [17] En ceci consiste la perfection de l’amour en nous : que nous ayons pleine assurance au jour du Jugement, car tel est celui-là, tels aussi nous sommes en ce monde. [18] Il n’y a pas de crainte dans l’amour; au contraire, le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n’est point parvenu à la perfection de l’amour.
[19] Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier. [20] Si quelqu’un dit: « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. [21] Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
Cette lecture est en toile de fond de mon propos.
Dieu-Trinité, Dieu-Amour, J’ai curieusement trouvé dans Roger Garaudy une explication théologique « « Dieu-Trinité … Il s’agit d’un Dieu portant en lui le double principe fondamental qui constitue la personne : le rapport de communion avec l’autre et l’ouverture à l’infini de cette communauté (de cette communion) qui commence avec le 3eme terme, celui qui empêche l’Amour de se détruire en se repliant sur le couple primordial du « je, tu ». » (Roger Garaudy) (Voir aussi « Vivre Dieu » page 157 de Maurice Zundel)
L’Amour véritable, la relation véritable ne se renferme pas dans l’inter-subjectivité entre deux êtres (ou deux groupes) mais s’étend à une troisième personne (à un 3eme terme) et, à travers elle, à l’ infini, à toute communauté, si vaste ou si minoritaire soit-elle. La relation au 3eme terme, l’ouverture au 3eme est l’extension à l’universel de tout rapport bilatéral … La relation en Dieu n’est pas « lui et moi »… »Lui, moi et le 3eme ».
Le Père est Père par rapport au Fils… Le Fils est Fils par rapport au Père. L’Esprit active, enrichît et interroge la relation du Père et du Fils. L’Esprit ouvre la relation du Père et du Fils à un » plus « . (Extraits de Maurice Zundel en annexe)
Reprenons la lère épitre de St Jean où nous retrouvons les 3 personnes de la Trinité. (1 Jn 4/9s)
« En ceci s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde« .
Le rythme est trinitaire : Il y a Dieu … l’envoi du Fils …à qui ? A nous. Il s’agit d’Amour … d’Amour manifeste.
L’ouverture à un 3eme terme (à un 4eme etc … ) est vérification de l’authenticité, de la Vérité de l’Amour … L’envoi vers le 3eme terme est la dynamique de l’Amour.
Autre exemple de cet aspect trinitaire de l’Amour
1 Jn 4/13 « A ceci nous reconnaissons que nous demeurons en Lui et Lui en nous, c’est qu’il nous a donné son Esprit…’‘. Le rythme est trinitaire. L’ensemble de ce chapitre IV de la lère épitre de St Jean est ainsi bâti. Son unique sujet est le Dieu-Trinité qui est Amour.
Autre exemple nous concernant I Jn 4/20.
« Si quelqu’un dit : »J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur. .. » Les 3 termes y sont : quelqu’un, Dieu, le frère.
L’oubli du 3eme terme dans le rapport de 2 êtres, dans la relation de 2 êtres, dans la relation de 2 groupes court le risque du péché. Ainsi le couple Adam et Eve (Ils ne font qu’un à ce moment) dans la relation au serpent, agit indépendamment de Dieu qui est le 3eme protagoniste. L’oubli engendre ici la faute « Vous serez comme des dieux !« … Le refus de I’inter-dépendance (de la dépendance) est refus d’une richesse, refus de la diversité.
Ici, le poète prend le pas ! Le refus de la dépendance est le refus d’être réceptacle, vasque pour n’être qu’éminence, proéminence (et aspérité), suffisance. La coupe est pleine : il suffît ! Je me suffis … Rien à recevoir (ni don, ni leçon … ). C’est tout le jeune homme riche de l’Evangile … Ici l’issue et le salut seraient : le don… « Va, vends et donne aux pauvres« . Les pauvres dans le texte sont le 3eme terme. « Vider la coupe » ; se positionner à nouveau en situation de pauvreté, de receveur … Il y a dans cette conception de la dépendance qui est pauvreté reconnue, voulue et vécue, la dynamique d’un enrichissement permanent… et la capacité d’un don sans cesse renouvelé.
2 Co 8/9 : »Vous connaissez la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, comment de riche il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté…«
Lire également L’épître aux Philippîens 2/6s
[5] Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus: [6] Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. [7] Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes.
S’étant comporté comme un homme, [8] il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! [9] Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, [10] pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux,sur la terre et dans les enfers, [11] et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
Je lis Mt 18/1-5 dans la même perspective : « Si vous ne redevenez comme de petits enfants… » Il s’agit ici de « dépendance ». (au sens de la nécessaire relation) plus que de « l’innocence » à laquelle on fait souvent référence.
(…)
Une phrase connue résume assez bien cette réflexion. « Aimer ! Ce n’est pas se regarder l’un l’autre (Toi et Moi), mais c’est regarder ensemble dans la même direction »… « Vers un Autre », faudrait-il préciser… La direction n’étant jamais, en l’occurrence, qu’à faire pareil voyage : l’Autre.
« En ceci s’est manifesté l’Amour de Dieu : Dieu a envoyé son Fils unique dans le Monde » (1 Jn 4/9).
Dieu s’est fait homme, Dieu s’est fait autre « afin que nous vivions par lui« .
L’Amour est rédemption. Il est résurrection. « Celui qui n’aime pas demeure dans la mort » (1 Jn 3/14)
En Dieu-Trinité qui est Amour, sont révélées les exigences de toute vie chrétienne : création, incarnation, rédemption et résurrection …
La question unique à se poser dans un monde qui vit « hors Evangile » est celle-ci : « Où est le 3eme terme ? Quel est le 3eme terme de ce que je vis ? des mes relations personnelles ou de celles de mon groupe, ou d’Eglise … ?
Le repère est Trinitaire.
Mes relations humaines, dans la manière dont je les vis, comportent (colportent) une certaine conception de Dieu. « Ce que je deviens dans ma relation aux autres … Ce que les hommes deviennent les uns par les autres, les uns avec les autres, les uns pour les autres … Dieu devient quelque chose avec eux … ou autre formule : Dieu advient ou n’advient pas. » C’est ce qui fait dire à Maurice Zundel : « Je ne crois pas en Dieu, je Le vis ! »
« J‘étais prisonnier et vous êtes venus me voir … J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli… » (Mt 25/31s)
IIIème PARTIE
Après avoir dressé le tableau d’un monde qui vit « hors Evangile » (et dont le maître-mot est l’individualisme), après avoir signifié que le repère pour un chrétien, dans un tel contexte, est l’aspect trinitaire (le 3eme terme) de toute sa vie, voyons à quel ouvrage, ce Dieu-Trinitê s’adonne.
« Ce que je sais le mieux, c’est mon commencement. » (Racine)
Tout est au commencement !
Dieu dit – « Faisons l’homme à notre Image…«
Dieu conjugue au pluriel. Il dit : « Faisons »… Il ne dit pas « je » … Dieu conjugue à la première personne du pluriel. Il dit « Nous ». Le « je » qui est généralement significatif de l’individualisme est ici exclu.
Si, dans l’Ancien Testamant, le « je » est mis dans la bouche de Dieu, ma lecture du Nouveau Testament tend à découvrir que le Christ n’emploie jamais le « je » sans faire référence au Père ou à l’Esprit, à chaque fois qu’il s’agit de révéler sa nature divine ou de signifier qu’il est de Dieu. (Il y aurait là toute une étude à faire). Le Christ est tellement unis au Père (voir Jn 17-18) qu’on ne peut concevoir qu’il agisse en franc-tireur.
Quoiqu’il en soit, ici, Dieu conjugue au pluriel : « Faisons »
Que faire ?
« Faisons l’Homme«
L’ouvrage de Dieu, c’est l’Homme. Un théologien, Marie-Abdon Santaner, écrit « Faire l’homme est le problème que Dieu se pose à lui-même et qu’il entreprend de résoudre. La question de l’homme, c’est la question de l’œuvre dans laquelle Dieu s’est lancé… L’homme en besoin d’advenir est le problème dont Dieu ne cesse de s’entretenir… » (Homme et Pouvoir – Editions Ouvrières). Quant au Pape Jean-Paul II, il écrivait dans son encyclique « Redemptor hominis » : « L’homme est la première route que l’Eglise doit parcourir pour remplir sa mission. » (III, 14a)
En Dieu la cohérence est totale.
Il dit et il fait… « Il dit … et cela fut. » Dieu est de « Parole ». Il dit et il fait … Toute la Bible n’est jamais que l’histoire de cet ouvrage : faire l’Homme.
Dieu est de « Parole »… Il dit et il fait. « Il se fait homme ». En Jésus-Christ, Dieu s’est fait homme. Il ne s’agit donc pas de faire n’importe quelle humanité. En Jésus-Christ, Paul l’Apôtre nous dit que l’Homme est à sa Perfection. Jésus-Christ est, suivant l’expression de l’Epître aux Colossiens (1/15s), « L’Image du Dieu Invisible
(avec »I » majuscule. On dit l’Image et non pas une image de Dieu).
L’Homme qui est à faire, que nous nous devons de mettre en œuvre, est réalisé en Christ.
En Christ, on vit cette relation de type ‘trinitaire’.
Prenons quelques exemples. Si le Christ s’en était tenu aux mentalités de son temps, il n’aurait pas rencontré la Samaritaine … (Jn 4)
Voir les versets :
Jn 4 /9 : « Les juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains »
Jn 4//9 : « Tu es Juif et tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine »
Jn 4/27 : « Les disciples arrivent. Ils étaient surpris de le voir parler à une femme. »
Autre exemple : Zachée. (l – La Foule ; 2 – Jésus ; 3 Zachée Même démarche entre Zachée et Jésus. Le 3eme terme est proposé par Zachée : les pauvres. Lc 19/1-11.
L’interrogatîon se fait sur le 3eme terme. Le jeune homme riche le biffe. « Il s’en alla tout triste » (le 3eme terme, c’est la sortie de l’individualisme, des contraintes égoïstes … C’est l’ouverture à la joie.)
Même chose dans l’épisode de la femme adultère (Jn 8/2s) 1) Les Pharisiens (et la Loi) – 2) Jésus – 3) La femme. C’est Jésus qui ouvre au 3eme terme : à Dieu.
On pourrait développer avec les 2 aveugles de Jéricho. (Mt 20/29-33) les petits enfants (Mt 19/13s) l’homme à la main desséchée (Mc 3/1-6), La Cananéenne (Mc 7/24-30).
Il faudrait étudier en Mathieu 23, tout ce qui concerne l’attitude pharisaïque. Ceux-ci, dans leur relation à Dieu, sont les sujets de préceptes qui les renvoient à eux-mêmes. « Ils acquittent la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin etc… » « après avoir négligé les points les plus graves de la loi : la justice, la miséricorde et la bonne foi. »… Justice et miséricorde sont ici l’appel au 3eme terme … à l’autre …
Note : Le 3eme terme est « une personne » ou « un groupe de personnes » … Il n’est jamais principe ; les principes n’ont de consistance, de valeur, de racine, que s »ils renvoient à un « quidam », fût-il quelconque.
Il est en effet des « vertus » qui ne nous renvoient qu’à nous-mêmes … Il faut certes »pratiquer celles-ci, sans oublier le reste ». La dimension trinitaire de toute relation est épuration de nos motivations par trop limitées, par trop individualistes. La dimension trinitaire est mise en disponibilité, en responsabilité, en pauvreté, en humilité, en solidarité. La dimension trinitaire est mise en route, en marche. (La sortie de l’esclavage est Exode) : Chacun peut en développer la logique.
La conséquence, l’évidence est celle-ci : en tous nos choix l’homme d’une manière ou d’une autre, est en question … est l’enjeu. Maurice Zundel dit : « Etre chrétien, c’est aimer l’homme passionnément ! » et il ajoute « celui qui ne croît pas en l’homme ne croit pas en Dieu ! »
Tout comme je le disais à propos de Dieu. Nos choix (notre être) nos comportements, nos relations (colportent) comportent une conception du Dieu (Trinité ou pas). En nos choix, l’Homme est en question parce que Dieu s’est fait Homme. En nos choix, Jésus-Christ est en question : il est l’Homme (avec un grand « H »). En nos choix, cet Homme-là est à faire. C’est la volonté de Dieu : « Faisons l’Homme ! ».
En tous nos choix, les questions (entre autres) sont les suivantes :
1) l’Homme advient-il ? Se fait-il ?
2) Et de quel homme s’agit-il ? (Christ ou pas …?)
Au chômage, l’homme advient-il ? Que devient-il ou le chômage, est-ce une défaite de l’homme (au sens de défaire) parce que l’homme s’y défait, y est défait ?
Ce qui est valable dans nos relations interpersonnelles est aussi valable dans nos groupes, associations, mouvements (d’Eglise ou du Monde), valable aussi dans nos projets de société (économie, social, culturel etc … ) L’interrogation de type trinitaire s’impose.
Il est logique et normal (et même nécessaire) que nous ayons des projets de société, que nous imaginions la vie en société, il reste que : être tributaire de l’idéologie à laquelle nous adhérons au point d’en oublier ce pourquoi elle existe (la vie des hommes entre eux) revient à la sacraliser, à la déifier … Là fait défaut le 3eme terme. Mon projet politique et moi ? Quel homme fait-il ? (3eme terme).
Il est logique et normal que je sois engagé (d’une manière ou d’une autre) il reste que des questions se posent.
- que deviennent les autres dans mon engagement (mes proches, mes partenaires, mes adversaires etc … ) ?
- qu’est-ce que je deviens moi-même ? Et l’autre dimension de mon être : le spirituel ? (Aller à l’écart … au désert)
Il est logique et normal que je m’adonne à la spiritualité, que Dieu et moi-même, que Dieu et mon groupe, nous ayons des moments privilégiés, il reste que … des questions se posent –
- que deviennent les autres dans mon spirituel (mes proches, mes partenaires, et les autres qui ne partagent pas ma manière de voir, d’être, de vivre la Foi, de vivre Dieu etc … – qu’est-ce que je deviens moi-même ?
- Que deviennent mes relations quotidiennes ? « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur… »
LECTURE DE 1 Corinthiens XII/12 à 30
[12] De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.
[13] Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit. [14] Aussi bien le corps n’est-il pas un seul membre, mais plusieurs. [15] Si le pied disait: « Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps », il n’en serait pas moins du corps pour cela. [16] Et si l’oreille disait: « Parce que je ne suis pas l’oeil, je ne suis pas du corps », elle n’en serait pas moins du corps pour cela. [17] Si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe? Si tout était oreille, où serait l’odorat? [18] Mais, de fait, Dieu a placé les membres, et chacun d’eux dans le corps, selon qu’il a voulu. [19] Si le tout était un seul membre, où serait le corps? [20] Mais, de fait, il y a plusieurs membres, et cependant un seul corps. [21] L’oeil ne peut donc dire à la main: « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête à son tour dire aux pieds: « Je n’ai pas besoin de vous. » [22] Bien plus, les membres du corps qui sont tenus pour plus faibles sont nécessaires; [23] et ceux que nous tenons pour les moins honorables du corps sont ceux-là mêmes que nous entourons de plus d’honneur, et ce que nous avons d’indécent, on le traite avec le plus de décence; [24] ce que nous avons de décent n’en a pas besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière à donner davantage d’honneur à ce qui en manque, [25] pour qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais qu’au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude. [26] Un membre souffre-t-il? Tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur? Tous les membres se réjouissent avec lui.
[27] Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part. [28] Et ceux que Dieu a établis dans l’Eglise sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs… Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues. [29] Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous docteurs? Tous font-ils des miracles? [30] Tous ont-ils des dons de guérisons? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?… »
De même que Dieu est Un en 3 personnes, « de même que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres , ainsi en est-il du Christ… »
Ce que l’on dit du corps ecclésial ici est aussi valable pour le corps social, en vertu de la volonté de Dieu et du »Faisons 1’Homme… » Il ressort du texte de Paul et de son aspect trinitaire des composantes nécessaires :
* la responsabilité
* la solidarité
* la tolérance
* la nécessaire diversité (Elle est aussi à prendre en compte. Je dirai même plus : elle est à promouvoir si on ne veut pas voir mourir à petits feux nos communautés)
* la différence comme richesse
* la dépendance comme fonction (et non comme contrainte) et qui induit …
la complémentarité etc…
Dans un monde qui vit « hors Evangile », voilà quelques repères. Tous reposent sur le Dieu Trinité, un Dieu qui est Amour. Au risque de nos égoïsmes à deux, il y a toujours une 3eme personne. Au risque de nos « bonne foi », de nos « vertus » de groupe, il y a toujours une interrogation, un appel, un au-delà.
Dieu est Amour (1 Co 13) … L’Amour a les dimensions mêmes de la divinité : il est infini (sans limitation, sans exclusive … ) Il est éternel.
La démonstration de cet Amour est réalisée en Jésus-Christ, Dieu s’est Fait Homme. Dieu s’est fait Autre. C’est ce qui fait dire au Concile « la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine, c’est le Christ. » (Gaudium et Spes N’ 10)
CONCLUSION
« Que nul ne s’abuse ! Dans un monde qui vit hors Evangile, si quelqu’un se croit sage, qu’il se fasse fou pour devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu … Que nul ne se glorifie dans les hommes. Tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Cephas (expliquer contexte), soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’Avenir… » Notez bien : Tout est à vous ! Mais attention, pas d’individualisme « Tout est à vous ; mais vous vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. » (1 Co 3/18-23)
BERTHUIT Bernard.