01/04/2014 – Homélie – Être sans parler vaut mieux que parler sans être

Homélie
de Maurice Zundel à Rome,
le dimanche 21 mars 1926. Inédit.

 

? Lire dans la Ste Règle [de saint benoît] le chapitre du Silence : VI

 

Mes très chers Frères et Sœurs,

 

Nous savons que beaucoup sont morts qui paraissent vivants. C’est d’eux qu’il est écrit :

« Laissez les morts enterrer leurs morts » (Luc 9:60)

Peut-être ne sont-ils coupables d’aucune faute, peut-être assidus aux offices de l’Eglise, peut-être évêques, moines, prêtres, et même thaumaturges.

Ils allongent leurs franges, ils recherchent les saluts, ils s’asseyent au premier rang, ils s’appellent Maître, Seigneur, Docteur, Prélat, Commandant, Chevalier et Duchesse et Marquise).

Ils obtiennent ce que Philippe, avec tant d’ardeur, recherchait : ils font parler d’eux dans Athènes. Ils laisseront un nom dans l’histoire.

 

Et c’est là, sans doute, leur plus terrible condamnation. La grandeur vraie ne peut s’écrire.

 

Le 29 janvier, après la messe, comme je quittais l’autel, une femme s’approche :

? « Voulez-vous, dit-elle, prier pour la conversion de mon fils ? »

Elle s’était levée de bonne heure, elle avait voulu s’unir au sacrifice, avant la reprise de son travail : et ce qui l’amenait, on le sentait bien, la première pensée, le grand souci : c’était la vie de cette âme.

La vraie grandeur, l’unique noblesse. C’est par-là que l’action de Dieu s’impose avec le plus d’évidence. C’est la victoire dont parle saint Jean :

« Telle est la victoire par quoi le monde est vaincu : notre foi. » (I Jn.5:4) Au prix de quelles douleurs et de quel silence ?

Et voici que soudain le fruit est mûr : et le cœur s’ouvre, et l’on entend le gémissement de l’Esprit saint.

 

Père, nous donnerez-vous de vivre en vous, tellement que notre parole, sans vous nommer, toute pleine de vous, soit à nos frères chemin de lumière ?

Il y a autour de nous tant d’âmes qui n’en peuvent plus. Elles attendent une réponse. Est-ce le moment de les accabler d’ironie et de leur rappeler leurs anciennes défaillances ?

Faites que nos cœurs, Seigneur, leur soient un refuge où elles puissent, dans l’ombre lumineuse de notre amour, dans la douceur de notre accueil et dans l’humilité de notre respect, oublier, un instant, et leurs fautes et leurs peines.

Comme quand vous nous recevez le soir, dans votre maison, silence vivant, Seigneur Jésus, et votre Cœur qui bat dans la flamme de la lampe.

 

Rappelez-vous, mes Frères, rappelez-vous, mes Sœurs, le conseil ineffable :

« Etre sans parler vaut mieux que de parler sans être » (St Ignace d’Antioche, lettre aux Ephésiens, XV:1)

? Priez pour moi, que le mensonge soit enlevé de ma vie, que j’aime le silence et la dernière place.

Que la Paix soit avec vous et la joie de notre père saint Benoît et la douceur de notre Abbé Thomas et le souvenir de votre frère Benoît.

 

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