Un monde déboussolé qui a perdu le sens de la grandeur humaine.
Début de la 14ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.
Jamais le monde n’a eu plus besoin de témoins de la véritable grandeur humaine. Notre fidélité est une des conditions de la grandeur humaine. Le témoignage du Père Georges dans « Le maquis de Dieu ».
« Votre vie tout entière est une mission. Quand vous recevez une obédience, c’est la mission apostolique qui vous est communiquée, aussi peut-on parler d’ « ordination monastique », ce n’est pas évidemment l’équivalent de l’ordination sacerdotale, mais c’est une réalité qui va dans la même direction, car le monastère tout entier est appelé à être le sacrement de la Présence divine (1), chaque moine portant en lui-même le monastère puisque la communauté interpersonnelle a son centre dans l’intimité de chacun, chaque moine est lui-même un sacrement de cette Présence qui est la vie de notre vie.
Ces exigences de consécration totale qui ne peuvent s’accomplir que dans le silence le plus complet de soi, concernent aussi – concernent essentiellement – la grandeur humaine. Et ce que je voudrais souligner justement, c’est que le versant de la Présence divine correspond toujours à un versant de la grandeur humaine.
Atteindre Dieu, vivre de Dieu, c’est vivre de l’humanité par le sommet. Et c’est justement ce qui doit stimuler le moine dans sa consécration totale, c’est que, en affirmant la présence de Dieu dans une fidélité intégrale, il réalise aussi, et dans la même mesure, la grandeur humaine. Et jamais le monde n’a eu plus besoin, justement, de témoins de la grandeur humaine, parce qu’il ne sait pas où situer la grandeur, parce qu’il est complètement désarmé.
Vous avez autour de certains lycées de Paris, vous avez des émissaires venus d’où ? on ne sait pas – qui persuadent les adolescents et les adolescentes d’avoir des relations sexuelles pour réussir leurs examens ! « Si vous n’avez pas de relations sexuelles, vous fabriquez des refoulements, vous serez mal disposés pour vos examens ! » Comment est-ce que des enfants de quatorze ou quinze ans peuvent résister à cette propagande ?
On essaie d’alerter les autorités des lycées : « Oh ! ça ne nous regarde pas ! Du moment que ça ne se passe pas à l’intérieur du lycée, ce n’est pas notre affaire ! » Les parents se rassurent : « Nos filles prennent la pilule, donc, tout va bien ! Il n’y a pas de scandale ! » Nous sommes dans un monde complètement déboussolé, qui a justement besoin de retrouver à la fois le Dieu vivant et du même coup, le sens de la grandeur humaine.
Et c’est une très grande chose de penser que notre fidélité est une des conditions de la grandeur humaine. Et je voudrais justement, par quelques exemples, en vous racontant des histoires, je voudrais vous rendre sensible cette sorte d’équivalence entre la présence de Dieu et la grandeur humaine.
Quand les hommes se trouvent devant une grandeur humaine authentique, ils n’hésitent pas, ils reconnaissent du même coup la présence divine et réciproquement.
Première histoire : « Le Maquis de Dieu ».
« Le maquis de Dieu », vous l’avez peut-être lu, du Père Georges, que j’ai eu le privilège de rencontrer. Le Père Georges est un prêtre croate qui est passé en Slovaquie, qui a pris le maquis au moment de la seconde guerre mondiale, contre Hitler qui avait envahi la Tchécoslovaquie, il faisait partie du maquis slovaque en qualité de médecin, ayant fait ses études de médecine, c’est à ce titre qu’il s’est engagé. L’armée russe a fini par rejoindre cette formation slovaque, qui était du même côté, c’est-à-dire, qui combattait Hitler, et un groupe d’officiers slovaques, dont le Père Georges – au titre de médecin militaire – un groupe d’officiers slovaques a été invité à Moscou, son identité sacerdotale était complètement inconnue, et il était logé dans la caserne de la police.
Un soir il se préparait à célébrer la Messe, ayant attendu que tous les bruits se taisent dans la caserne, quand on frappe à sa porte, c’était une femme de la police qui lui dit : « Ecoutez, mon mari est absent, je viens passer la nuit avec vous ! » La situation était donc extrêmement délicate et difficile. Le Père Georges, qui parle parfaitement le russe, la fait asseoir, l’accueille avec le plus profond respect et l’amène à parler d’elle et à se raconter, et cette femme, en se racontant, évoque son enfance, et donc évoque ses parents pour lesquels elle avait un profond attachement, et oubliant complètement le but de sa visite, elle lui pose la question : « Mais, où sont-ils ? Où sont les morts ? » Alors, il commence à la catéchiser jusqu’à l’aube : il lui parle de la Vie éternelle, tant et si bien que, l’ayant revue chaque jour pour l’instruire, au bout de quinze jours il a pu la baptiser. Parce qu’elle a rencontré quelqu’un qui était, justement, enraciné en Dieu et qui a pu atteindre en elle les plus hautes dimensions, elle a découvert tout d’un coup ce qu’elle n’aurait jamais pu imaginer dans ce contact avec ses défunts : un contact avec le Dieu vivant. » (à suivre)
Note (1) On peut dire cela du monde entier.