L’Eglise doit constituer l’essentiel de notre vie
Notre Seigneur nous attend tous et chacun au plus profond de nous-mêmes. Il attend tous les êtres humains, quels qu’ils soient, et sa présence réelle en l’Eucharistie fait de l’Eucharistie le sacrement de l’universalité.
La présence eucharistique est présence communautaire dans la communauté, par la communauté et pour la communauté, afin que nous ne puissions pas manquer de rencontrer Jésus comme le second Adam, et de prendre conscience de ce que nous sommes chargés, en Lui et avec Lui, de toute l’unité humaine : l’Église est donc en nous.
L’Église est en nous, et ses signes visibles, les signes sacramentels, n’ont évidemment leur sens qu’en s’enracinant dans notre solitude, comme un baiser n’a de sens que s’il porte une tendresse authentique. Si c’est un geste fait par acquis de conscience et sans engagement, il ne signifie rien.
Les sacrements sont l’épanchement de la grâce et de la tendresse divines, ils sont la communication même de la Personne de Jésus-Christ, ils ne peuvent donc rien signifier s’ils ne s’enracinent pas dans ce consentement que nous avons à apporter pour que la source de vie éternelle rejaillisse en nous et à travers nous sur tous et sur tout.
L’Église est en nous, et elle constitue l’essentiel de notre vie si l’essentiel de notre vie est de nous faire homme, de nous humaniser, de nous libérer de nous-mêmes et de concourir par cette libération à la libération de toute l’humanité et de tout l’Univers.
Il ne s’agit donc pas de voir l’Église hors de nous et comme hors de nous, il faut la voir comme intérieure à nous car le sacrement est un signe diaphane qui ne devient intelligible et ne nous livre sa puissance de lumière et de vie que s’il est pris du dedans dans la lumière de la foi et dans l’élan de l’amour.
L’Église est en nous, l’Église est notre vocation, l’Église est notre mission à tous, et cette mission nous engage tous et chacun avec la même plénitude autant que nous engage notre propre libération dans notre échange personnel avec Jésus-Christ. Nous n’avons donc pas à nous placer devant l’Église comme devant une institution hors de nous, nous avons à la vivre comme un sacrement qui structure notre vie et lui donne signification.
(Maurice Zundel, Genève 1970)
Notre vrai moi nous attend au troisième étage
L’homme est une fusée à 3 étages : physiologique, psychologique, et personnelle. Les 2 premiers sont préfabriqués. Le troisième est une simple possibilité, une exigence, une aimantation, une polarité, une vocation. C’est à cet étage (le troisième) que se situent tout l’humain et tout le divin. Si on les cherche ailleurs on est sûr de ne pas les trouver.
Ne vous étonnez pas que vos deux premiers étages soient ce mélange confus, incohérent, océanique, plein d’adhérences égocentriques, d’émotions larmoyantes et de tempêtes cosmiques. Nous en sommes tous là. Il faut prendre simplement conscience que ce n’est pas nous, que notre vrai moi nous attend au troisième étage : dans le dialogue avec la divine Pauvreté, et que c’est le Visage de l’Unique qu’il s’agit de sauver, en laissant tomber avec une lucide indifférence tout le bruit des étages inférieurs…
(Maurice Zundel dans « A l’écoute du silence », page 32.)
Date de publication sur le site : 31/01/2006