1974 – Dieu peut-Il être le Créateur d’un monde disloqué ?

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Comment comprendre que tant de nos contemporains peut-être refusent le surnaturel ? La liberté, suprême floraison de l’esprit. Le problème du miracle. L’explication de la souffrance ?

…Nous pouvons comprendre le refus du surnaturel dans la mesure où l’homme ne prend pas conscience de ce fait que le monde est esprit ! Sous un aspect le monde est esprit, comme nous-mêmes sommes esprit, et sous un autre aspect le monde est matérialité.

« L’homme qui a cessé ou qui n’est plus capable de s’émerveiller et d’être frappé de respect est comme s’il était mort ! » Einstein vouait ce respect au premier chef à son étude de l’univers, il rencontrait donc dans l’univers une réalité qui l’émerveillait et le frappait de respect, c’est-à- dire qu’il se trouvait avec l’univers dans une relation de personne à personne : c’est le plus intime de lui-même qui était engagé dans cette recherche et il en était comblé.

Le monde peut devenir lumière dans notre esprit, et c’est une source de lumière infiniment précieuse. A travers toute la phénoménologie physique se dégage finalement ce sentiment d’une présence qui se fait jour en nous par la lumière qui surgit en nous. Ce qu’il y a de passionnant dans l’étude de l’univers comme dans toute discipline scientifique, c’est la lumière même que les phénomènes, que le monde, devient en nous. Sous un aspect, incontestablement, le monde est esprit ou du moins est apte à devenir esprit en notre esprit, et, s’il est esprit, il est accessible à la liberté qui est la suprême floraison de l’esprit.

Si nous prenons l’univers et nous-mêmes d’un seul tenant, comme il est normal de le faire, nous sommes plongés dans l’univers, l’univers est notre corps immense et nous ne le connaissons que dans la mesure où il nous affecte… Une lecture de l’univers est impossible si l’homme n’est pas affecté par lui.

Dans cet univers immense nous trouvons notre corps comme nous y trouvons notre origine selon l’être charnel que nous sommes. Mais inversement, l’univers peut trouver son origine et sa signification dans l’esprit, car cet esprit jaillit de l’univers : si l’univers aboutit dans l’homme à l’esprit, il y a là une trajectoire qui définit son sens ! Cet aboutissement prodigieux ne peut pas ne pas se refléter sur tout ce qui l’a précédé. L’univers, à travers l’esprit humain, peut accéder à la vie de l’esprit comme il le fait dans la connaissance, dans l’art, dans tout émerveillement, l’univers peut accéder à la vie de l’esprit, il y a donc une sorte de réciprocité : le monde nous contient et nous comprend, comme disait Pascal, le monde nous ravitaille mais nous pouvons à notre tour l’informer, l’illuminer, l’accomplir, lui donner un sens et l’achever dans notre contemplation comme le font des scientifiques comme Einstein : dans leur religion cosmique, il y a ce sentiment profond d’une solidarité et d’un échange de personne à personne, alors c’est le plus haut de l’esprit qui est engagé dans la connaissance, et c’est donc le plus haut du monde qui est atteint, son sens ultime.

…Ce qui est vrai de la connaissance est-il vrai de l’action ? Pouvons-nous agir sur le monde par l’esprit comme nous faisons subsister le monde par la connaissance dans notre esprit ? C’est ainsi que s’ouvre le problème du miracle qui ne peut être que la liberté de l’esprit, donc l’action de l’esprit sur le monde. Si le monde est esprit, il est normal qu’il soit sensibilisé par l’esprit, qu’il puisse servir aux fins de l’esprit et que ses rythmes puissent être assumés par l’esprit pour s’exprimer non pas en dérangeant le rythme de l’univers mais en l’atteignant au point où il peut exprimer la présence de l’esprit.

L’explication de la souffrance, si on peut parler d’un mystère aussi redoutable, ce sera toujours que le monde n’existe pas encore, comme nous-mêmes n’existons pas encore ! Le monde tel que Dieu le conçoit et le veut n’existe pas encore, c’est un monde disloqué, de même que nous sommes disloqués à l’intérieur de nous-mêmes. Le vrai monde serait un monde où toutes les forces convergeraient vers la vie et la joie.

Si le monde est disloqué et que Dieu en soit l’auteur, ce n’est pas Dieu qui a voulu cette dislocation, c’est parce qu’il y a une opposition de la part de la créature et de la création, angélique ou humaine, une opposition à l’effusion de Dieu lui-même, à la communication de Dieu lui-même.

(Saint-Germain-en-Laye en octobre 1974)

…Si Dieu est esprit, et s’il est esprit parce qu’il est une éternelle communion d’amour, s’Il ne peut créer qu’un monde-esprit capable de répondre à l’offrande éternelle qu’il est, alors évidemment Dieu est conditionné par notre réponse…

(Au Cénacle de Paris en 1973)

…Il faut comprendre cela parce que c’est capital, c’est que toute la misère du monde, c’est que l’homme n’existe pas ! Il n’existe pas au point de départ, il a à se faire : le peut-il ? Là est la question. En tout cas nous voyons qu’il revendique le droit de le faire… L’immense majorité des hommes n’existent pas ! Mais enfin ils peuvent exister. Et, si ce problème, c’est nous-mêmes, si nous sommes ce problème, quelle en est la solution ?

(Genève, sainte Clotilde, 17 octobre 1973)

19/01/2006 janvier 2006 par le père Paul Debains