Un réalisme mystique: la pensée de Maurice Zundel

Une
pensée existentielle: elle prend naissance dans l’expérience profonde et vive que Zundel a vécue. Quelques moments-clé: passion de la connaissance vécue comme la recherche d’une confidence du Mystère caché à l’intérieur du réel; rencontre fervente avec la Vierge Marie; sensibilité à l’œcuménisme; indignation devant d’injustes répartitions des biens; approche de Dieu à travers l’art, la littérature, l’expérience de l’amour; douloureuse traversée de l’exil qui lui est imposé par son évêque; dans cette douleur, au plus profond, l’expérience d’être visité par Dieu qui est tout Don; rencontre intime et bouleversante de saint François d’Assise.

Une pensée qui part de l’homme, considéré avec sa capacité d’infini, sa soif, mais aussi ses blessures. Le chemin de l’homme est un passage, un itinéraire: passer des déterminismes reçus à la naissance au déploiement de la vie en liberté à partir des plus nobles possibilités déposées en l’homme. Au cœur de ce chemin, la liberté vue comme un appel à vivre de façon originale pour chacun les différents aspects de l’amour oblatif; et ce que Zundel appelle la «pauvreté», c’est-à-dire faire en soi de l’espace pour accueillir et pour donner. Le chemin de l’homme ne peut se réaliser que par la rencontre des autres… et de l’Autre qu’il appelle souvent la Présence et qu’il voit comme l’Amour qui se donne et qui invite.

Une pensée qui trouve son centre en Dieu. Mais le Dieu de Zundel est bien précis. Il est «unique, mais pas solitaire», puisqu’Il est Amour. Et l’amour implique don, échange, réciprocité. C’est le Dieu Trinité révélé par Jésus-Christ. Echange plénier entre le Père et le Fils, dans la respiration de l’Esprit. Zundel parle de la Pauvreté de Dieu, pour dire qu’Il est tout Don et qu’en Lui, il n’y a aucune possessivité, mais amour, vie, pardon, miséricorde.

Une pensée qui se veut un «réalisme mystique». A partir de sa vision de l’homme invité à la grandeur et à la noblesse par Dieu lui-même, à partir de sa vision de Dieu rencontré comme Pauvreté, comme Don, comme Cœur, Zundel développe de façon réaliste la vie de l’homme. Il invite au silence qui permet de faire de l’espace et de vivre les rencontres au plus profond. Mais aussi il se soucie de la justice sociale, voulant que chaque homme dispose de l’espace de sécurité suffisant pour ne pas être tenaillé par les soucis matériels, mais pour vivre selon l’esprit et le cœur.

Une pensée actuelle, en dialogue avec des penseurs comme Sartre, Camus ou Nietzsche, avec des savants comme Einstein ou Jean Rostand. Une pensée en prise avec les questions d’aujourd’hui pour offrir un éclairage libérateur, en même temps qu’exigeant et stimulant.