Dieu est Amour
6ème dimanche de Pâques, Année B, Jn 15, 9-17
Ce qui distingue les Personnes divines, c’est que chacune est toute communication aux autres. Toute la vie divine ne subsiste que dans cet échange. Il n’y a rien en Dieu qui ne soit communiqué. C’est ce que signifie «Dieu est Amour».
Conférence, Caluire, 1969
Mise en ligne: 4.05.21
Temps de lecture: 2 mn

Dieu est Amour, communication, totalement, sans reste et sans réserve. La divinité n’appartient pas au Père: il la communique, ni au Fils qui la communique également, ni au Saint- Esprit qui est toute aspiration et re-spiration. Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien. Il est l’infini dépouillement. Il donne tout.
L’intuition de saint François d’Assise l’a conduit à cette immense lumière. Heureusement, il n’en a pas fait la théorie, mais il a vécu cette Pauvreté divine et nous a permis d’en entrevoir la profondeur insondable et d’y puiser une joie que personne ne peut nous ravir.
Le vrai Dieu ne peut rien posséder, ni rien perdre. Il donne tout éternellement et nous invite à tout donner pour devenir ce qu’il est.
Combien de chrétiens n’ont pas encore compris la nouveauté incroyable de l’Évangile! Il faut changer de regard pour apercevoir ce Dieu qui se révèle dans la transparence de Jésus-Christ.
Jusqu’à Jésus, on a conçu la grandeur comme une domination. Être grand, c’était commander, avoir des esclaves, en recevoir des hommages. On a projeté sur Dieu l’image des royautés absolues de l’Antiquité et on en a fait cet être colossal capable de nous écraser et se plaisant à nous voir prosternés dans la poussière.
Jésus-Christ nous a révélé une autre échelle de valeurs, celle du Lavement des pieds, cette scène bouleversante qui nous conduit au cœur de l’Evangile.
Les apôtres refusent, au nom de leur image du Dieu de domination: mais Jésus veut ouvrir le Nouveau Testament par ce geste qui nous apprend que la grandeur n’est pas dans la domination, mais dans la générosité du don.
Nous sommes tous tentés de nous construire dans la domination: nous voulons une cour qui nous admire. Notre grandeur, comme celle de Dieu, est dans la générosité. Dieu n’a pas de sujets, pas d’esclaves, il ne défend pas son domaine contre nous.
Dieu est libérateur. Il est l’espace où notre liberté s’accomplit.
Dieu est l’Amour qui veut nous introduire dans l’Amour.
Dieu est la Pauvreté qui veut nous introduire dans la Pauvreté.
Dieu est celui qui donne tout et nous appelle à tout donner.
Il fallait notre Seigneur pour nous délivrer de l’image d’un faux dieu, au visage de propriétaire et de despote. Jésus nous a livré la grande confidence qui fait la nouveauté de l’Évangile. Encore faut-il que cette vision chrétienne du monde se diffuse partout.
Certains chrétiens lisent encore le Nouveau Testament avec l’esprit de l’Ancien, au lieu de lire l’Ancien avec l’esprit du Nouveau.
Jamais nous ne saurons accueillir avec assez de joie cette confidence divine. Lorsqu’elle est accueillie, toutes les idoles s’écroulent et toutes les fausses grandeurs tombent.
Il ne reste que la seule vraie grandeur qui est celle d’aimer.
Laissons s’éveiller en nous la joie de cette découverte inépuisable des trois Personnes divines.
Si nous avons l’honneur redoutable d’enseigner aux enfants, mettons-les devant ce Dieu-Amour qui veut nous rendre semblables à lui-même.
Il n’y a pas de jour où cette rencontre avec la Trinité ne soit comme la source qui jaillit en vie éternelle, où la découverte des abîmes du Cœur de Dieu ne soit une nouveauté inépuisable.


