Où est le temple de Dieu?

3ème dimanche de Carême, Année B, Jn 2, 13-25

Que Jésus chasse les vendeurs du temple pose la question de savoir quel est le véritable temple, où habite la joie de Dieu.

La joie de Dieu, c’est la joie de tout donner, la joie de ne rien posséder, de ne rien avoir, de ne pouvoir rien posséder. Justement, là où l’amour est parfait, la possession est impossible. 

Conférence, Le Caire (Egypte), 1959
Mise en ligne: 04.03.21
Temps de lecture: 3 mn

La divinité, c’est‑à‑dire la joie de connaître, en Dieu, la joie de la vérité, de l’Amour n’appartiennent à personne. La divinité n’appartient ni au Père exclusivement, ni au Fils comme propriétaire, ni au Saint-Esprit: elle appartient à tous, c’est‑à­-dire qu’en Dieu toute la vie ne jaillit que dans cette communication. Nous autres même, nous ne pouvons avoir une joie sans nous oublier.

En Dieu, la divinité est entièrement, absolument, parfaitement, infiniment donnée et c’est pourquoi il faut dire que Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien.

Dieu ne peut nous atteindre que par l’amour

Il est Dieu parce qu’il a tout perdu éternellement, comme celui qui aime vraiment, qui aime définitivement et se perd dans l’être aimé.

Il faut que nous fassions constamment cette découverte, que nous pensions à chaque instant du jour à ce Dieu‑là, le seul qui ne soit pas une limite, ni une idole.

Si nous étions des marionnettes entre les mains d’un dieu-idole, nous ne pourrions que le haïr. Mais il est justement le Dieu pauvre, qui n’a rien et qui donne tout. Il y a une éternelle communication entre les trois Personnes. Ce Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien et, si Dieu nous atteint, c’est comme l’amour peut nous atteindre dans la première famille.

Dieu ne peut nous atteindre que par l’amour et il faut que nous allions à lui par notre amour. Dieu est communication de la lumière et de l’Amour.

Tandis que dans l’Ancien Testament, le suprême péché c’était d’usurper les droits de Dieu, dans le Nouveau, Dieu se fait homme pour faire de l’homme un dieu. Dans le Nouveau Testament, la divinité se révèle comme Trinité. Dans l’Ancien Testament, on voyait Dieu comme un Dieu terrible, un Dieu de tonnerre qui écrase. Dans le Nouveau, il se révèle en Jésus comme l’éternelle Pauvreté. Dès que nous concevons Dieu comme un maître, nous en faisons une idole : nous ne pouvons l’atteindre que par le dedans, la vérité vient du dedans.

Question que l’on se pose: où est Dieu? S’il est une famille, Père, Fils et Saint- Esprit, où est‑il et comment le trouver ?

Rappelez‑vous cette scène où les Apôtres arrivent jusqu’aux soubassements du Temple de Jérusalem. C’est dans le parvis de ce Temple que Jésus chasse les vendeurs. Notre Seigneur, devant ces sacrifices sanglants, en a la nausée.

Quel rapport y a‑t‑il entre tout cela et le Dieu vivant, le Dieu pauvre, le Dieu Amour? Aucun. Notre Seigneur savait très bien que le Temple allait être ruiné. Donc le sanctuaire de Jérusalem, le temple de pierres est destiné à la ruine et à la destruction.

Quel va être le sanctuaire de Dieu? Le sanctuaire de Dieu se trouve dans la femme adultère et notre Seigneur sait que, dans ces juifs qui accusent cette femme, il ne s’agit pas de chasteté – c’est leur dernier souci – il s’agit d’avoir une preuve contre lui et de l’avoir, lui, comme un objet entre leurs mains.

Qu’est‑ce qui se passe? Notre Seigneur baisse les yeux devant cette femme victime de leur lâcheté, devant cette femme qui n’est qu’un prétexte à leur haine. Il rougit de ces hommes lâches et il dit: «Que celui qui n’a pas péché lui lance la première pierre».

Et il donne à cette parole un ton si profond qu’il se retrouve seul devant cette femme qu’il n’a pas encore regardée. Et, quand il la regarde, elle est sauvée, parce que ce regard de respect dont il a enveloppé cette femme va lui faire découvrir le trésor caché qu’il y a en elle.

Le trésor caché est en elle-même: c’est là le sanctuaire, dans la conscience de chacun.

Et ce sera la même révélation dans le dialogue avec la Samaritaine.

Où faut‑il adorer Dieu? «Il faut l’adorer en esprit et en vérité.» Et, de nouveau, c’est à une pécheresse qu’il révèle la parole essentielle. Elle avait vu Dieu comme un Maître qu’il faut adorer sur la montagne. Il va lui faire comprendre qu’on ne peut rencontrer Dieu que comme l’Amour et au plus profond de soi-même.

Et ce qui va nous le rendre encore plus sensible, c’est le Lavement des pieds. Que fait‑il dans ce geste d’esclave, devant Pierre qui va le renier, Judas qui va le livrer et tous qui vont l’abandonner? Devant qui est‑il à genoux, sinon devant ce Royaume intérieur en eux-mêmes?

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