Le corps et la transfiguration
2ème dimanche de Carême, Année B, Marc 9, 2-10
Ce que l’Evangile d’aujourd’hui nous propose, ce qu’il nous révèle dans cette Transfiguration de Jésus, c’est cette puissance prodigieuse et magnifique d’un corps humain qui peut devenir le visage de l’éternelle lumière.
Homélie, Lausanne, 1956
Mise en ligne: 25.02.21
Temps de lecture: 2 mn

Car il n’y a pas de doute que le Christ était ce qu’il apparaissait sur la montagne de la Transfiguration.
Si les apôtres qui l’accompagnent, ses trois amis, Pierre, Jacques et Jean, s’ils sont éblouis devant cette splendeur, ce n’est pas qu’elle fût absente au jour le jour de la vie de notre Seigneur, mais les yeux des apôtres, comme plus tard ceux des disciples d’Emmaüs, ne pouvaient pas percevoir ce rayonnement ,parce qu’il n’y avait pas en eux assez de transparence, assez de pureté, assez d’amour, assez de générosité pour entrer dans ce domaine de la pure lumière et de l’éternel amour.
Le jour de la Transfiguration, pour un instant, comme ce fut le cas lors de la confession de Césarée pour Pierre, leurs yeux s’ouvrent; pour un instant, ils entrent dans ce secret merveilleux d’une chair divinisée, d’un visage qui porte la splendeur de la vie éternelle et ils en sont tellement émerveillés que Pierre veut à toute force demeurer sur ce sommet.
Il ne demande pas autre chose. Il a découvert enfin toutes ses raisons de vivre.
Il veut construire trois tentes, une pour le Christ, une pour Élie, une pour Moïse, afin que cette joie ne se tarisse plus, qu’elle demeure à jamais et que la vie soit ce perpétuel enchantement dans la découverte de la face divine.
Il reste que la chair du Christ était toute pénétrée de cette lumière.
Il reste que le visage de notre Seigneur portait en lui toute la clarté de Dieu.
Il reste donc que le corps humain est capable de cette formidable assomption, que le corps humain peut être transfiguré et qu’il a, lui aussi, un message de lumière à communiquer.
Et d’ailleurs, comment la lumière de l’âme, la lumière de l’esprit, la lumière intérieure, comment ce chant du silence qui monte des profondeurs de notre être, comment pourrait-il se faire jour si ce n’est à travers notre visage, à travers notre corps?
Notre corps a une vocation spirituelle, il a une vocation divine.
Notre corps est le premier évangile, car c’est à travers l’expression de notre visage, à travers notre ouverture, à travers notre bienveillance et notre sourire que doit passer le témoignage de la Présence divine. (…)
Quand nous entendons le matin le merle qui roule dans un jeu d’eau la perle de son chant, nous avons l’impression que le monde commence, qu’il est tout neuf, qu’il y a là une source intarissable, que, pour le merle tout au moins, la vie aura toujours sa nouveauté.
Et c’est là un symbole, et c’est là une parabole, et c’est là une invitation qui nous est adressée: en nous, à plus forte raison, il y a une infinie, une éternelle, une inépuisable nouveauté: ce chant de Dieu que nous avons à devenir, cette lumière de Dieu que nous avons à communiquer, qui doit devenir l’expression, le rayonnement et le sourire de notre visage, qui doit devenir le rythme, et l’harmonie, et la mélodie, et la danse de notre corps tout entier.
Le Christ n’est pas venu seulement sauver notre âme. D’ailleurs, qu’est-ce que cela voudrait dire?
Le Christ est venu révéler à l’homme qui il était, il est venu accomplir l’homme dans toute sa grandeur, dans toute sa dignité, dans toute sa beauté et c’est pourquoi une des plus belles prières de la liturgie, qui fait magnifiquement écho au mystère de la Transfiguration, c’est: «O Dieu, qui avez créé l’homme dans une admirable dignité et qui l’avez plus magnifiquement encore restauré…»
C’est cela: nous sommes appelés à la grandeur, à la joie, à la jeunesse, à la dignité, à la beauté, au rayonnement de Dieu, à la transfiguration de tout l’être dans la communication de la divine clarté.