Evangéliser, c’est porter le Christ

5e dimanche du Temps Ordinaire, Année B, Mc 1, 29-39 et 1 Co 9, 16-23.

Ce texte (qui a gardé son caractère oral) est tiré d’une conférence de Zundel sur «pourquoi l’Église?», donnée au Caire en 1972. Il a été choisi pour faire écho à la parole de saint Paul: «annoncer l’Evangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi» et pour dire combien le chrétien est invité à se couler dans la hâte que Jésus a de donner la Bonne Nouvelle.

Pour que la Révélation demeure, il faut que Jésus demeure. Il faut que tous les hommes aient la possibilité de le rencontrer en personne, sans que nul ne s’interpose entre lui et l’homme. Il faut que chacun puisse être en contact avec la source divine, recevoir le Christ en personne comme le ferment de sa libération. Et c’est là, sans doute, le sens de la parole dite à Saul, qui devient Paul: « Je suis Jésus que tu persécutes ».

Conférence, Le Caire (Egypte) 1972
Mise en ligne: 02.02.21
Temps de lecture: 2 mn

"L’apôtre a reçu une mission dans laquelle il doit s’effacer tout entier." | Musée de Cluny

Il en résulte immédiatement – et c’est sans doute ce que Paul reconnaîtra comme personne – que la communauté visible que l’on appelle l’Église n’est qu’un sacrement de cette Présence personnelle de Jésus-Christ.

«Est-ce que c’est Paul qui est mort pour vous?», dira Paul aux Corinthiens. «Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? Qui est Paul? Qui est Pierre? Qui est Apollos, tous ces gens dont vous vous réclamez? Ils ne sont que des serviteurs, ils ne sont que des ministres, ils ne sont que des signes et des sacrements.»

L’Église donc, sur le chemin de Damas, dans la révélation que Paul en reçoit, apparaît immédiatement, pour sa foi et pour la nôtre, comme une transparence à Jésus. Il s’agit de sa Personne qui est toute lumière, de son amour qui est toute liberté, de sa Présence qui va nous transformer dans la mesure où nous l’accueillerons.

Puisqu’en Dieu tout est désapproprié, comment est-ce que l’Eglise accomplirait-elle sa mission, sinon dans une totale désappropriation?

Nous voyons donc immédiatement que la mission de cette communauté ne peut s’accomplir qu’en état de démission, c’est-à-dire de total effacement dans la Personne de Jésus Christ. Mission dans la démission et, de nouveau, nous remontons jusqu’à Dieu, puisqu’en Dieu, toute la vie se manifeste comme une démission du Père dans le Fils, du Fils dans le Père, dans l’embrassement de l’Esprit saint.

Puisqu’en Dieu tout est désapproprié, comment est-ce que l’Eglise – si elle est le sacrement de cette Présence du Christ – accomplirait-elle sa mission, sinon dans une totale désappropriation?

Cette désappropriation d’ailleurs est double. Elle est d’une part une désappropriation sacramentelle, celle à laquelle Paul fait allusion dans la Première aux Corinthiens :

«L’apôtre est un envoyé. Il ne s’envoie pas de lui-même».

L’apôtre a reçu une mission dans laquelle il doit s’effacer tout entier. Mais il l’est en quelque sorte originellement, puisque recevoir l’apostolat dans la lumière de la Pentecôte, c’est immédiatement être radicalement démis de soi pour n’être que le témoin de Jésus-Christ et le transmetteur de sa Présence.

Mais cette démission institutionnelle, si l’on peut dire, ou plutôt sacramentelle, va s’accompagner et doit s’accompagner, non seulement dans les apôtres qui sont le groupe responsable de l’Eglise naissante, mais dans tous les fidèles qui se rallieront à leur parole et qui, à travers eux, recevront le Christ, cette démission doit naturellement s’inscrire dans toute la vie et toujours avec la même signification de libération et donc d’accomplissement de notre liberté, avec toujours le même sens de ne pas limiter la Présence infinie qui est la respiration de notre liberté et qui est la fécondité illimitée de notre action.

Si bien que, pour la foi de Paul, comme pour celle de ses auditeurs, comme pour la nôtre, l’Eglise ne peut avoir que cette signification de sacrement de la Présence réelle de Jésus-Christ. L’Eglise ne peut que nous mettre en contact avec lui et, si elle ne le faisait pas, elle cesserait d’être elle-même.

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