Epiphanie: le monde entier autour d’un petit enfant
L'Épiphanie du Seigneur, Année B, Mt 2, 1-12
Il y a dans le coeur de l’homme des possibilités imprévues et, devant la prière d’un petit enfant, même le coeur d’un ennemi doit s’amollir et recourir à toutes les mesures possibles pour entrer dans les désirs d’une âme d’enfant.
Homélie, Bex (Suisse) 1951
Mise en ligne: 02.01.21
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C’est là le sens le plus profond de ce mystère de l’Épiphanie, où une étoile mobilise des Mages, c’est‑à‑dire des Sages venus de l’Orient: pour les conduire à quoi?
A un petit enfant, un petit enfant où ils cherchent toute la lumière, toute la beauté, toute la sagesse, toute la grandeur, toute la vie, un petit enfant où ils reconnaissent le Dieu vivant.
Toute la sagesse n’aurait jamais pu inventer cette révélation de Dieu: un petit enfant pauvre qui n’a rien que lui‑même, qui n’est rien que cette offrande fragile dans les bras de sa mère et qui est remise à chacun dans la puissance infinie de la fragilité.
Le monde entier est appelé à se rassembler autour d’un petit enfant.
Toute leur sagesse éclate comme tous les murs de séparation tombent, car il leur apparaît que Dieu n’est pas un Seigneur retranché derrière le mur de sa majesté, mais que Dieu est précisément cela: l’Amour enfant, l’Amour qui n’a rien que l’Amour, l’Amour qui crée tout par amour et qui appelle le monde entier à se réaliser dans la même ligne, c’est‑à‑dire dans le don de soi, dans l’amour.
Si le monde entier croyait en cet enfant, si le monde pouvait ouvrir les yeux et reconnaître le fait que Dieu, c’est l’Amour enfant, eh bien! le monde serait sauvé, parce que chacun serait atteint au fond de lui‑même et il sentirait s’éveiller cette générosité qui, même dans le cœur d’un ennemi, est capable du dépassement le plus magnifique et le plus généreux. Et peut-être suffirait‑il, c’est toujours la même chose, que le monde eût le respect et l’amour de l’enfant.
Un grand poète, Mallarmé, pensait avec une certaine détresse à ses trois petits enfants, parce que lui‑même, occupé de son œuvre, sentait bien qu’il ne pouvait être pour eux une présence totale.
Et il disait ce mot magnifique pourtant : «La vie véritable leur était due».
Lui qui se croyait athée, qui pensait que le dernier mot de la sagesse était le néant, devant ses propres enfants, il sentait autre chose, un appel, un mystère, et il disait ce mot qui portait si loin : «La vie véritable leur était due».


