Warning: Undefined variable $dst_w in /home/httpd/vhosts/mauricezundel.com/httpdocs/wp-content/themes/grace-church/fw/core/core.media.php on line 327

De Jean-Baptiste à Jésus

2ème dimanche de l'Avent, Année B, Mc 1, 1-8

Jésus fait un éloge de Jean qui plafonne au plus haut niveau. Il semble que jamais homme comme Jean n’ait été glorifié comme il l’est, en cet éloge de Jésus: « Le plus grand des prophètes, le plus grand des fils de la femme, à nul autre pareil, celui qui est l’ange qui précède l’Envoyé de Dieu ». Et quand cet éloge enfin a atteint son sommet, il y a cette retombée prodigieuse, inattendue et magnifique: « Et pourtant le plus petit dans le Royaume, le plus petit est plus grand que Jean le Baptiste » (Mt 11, 11).

Homélie, Avent 1965, Lausanne
Mise en ligne: 2.12.20
Temps de lecture: 3 mn

Qu’est-ce que cela veut dire? Comment cet éloge indépassable tombe-t-il soudain à plat devant cette constatation bouleversante que le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean le Baptiste?

Cela veut dire que nous entrons dans la Nouvelle Alliance, que par rapport à la nouvelle économie, l’ancienne dont Jean Baptiste est le suprême héraut, l’ancienne est passée, l’ancienne est dépassée infiniment et la distance est telle entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance que le plus petit des disciples de Jésus en tant qu’il appartient à la Nouvelle Alliance, à la nouvelle économie, est plus grand que Jean Baptiste qui ne fait que désigner le monde qui vient, mais qui ne franchira pas le voile qui vient d’être tiré, qui n’atteindra pas, sinon dans la gloire divine, à cette révélation unique de la Pauvreté de Dieu.

Le plus petit, s’il aime, soulève le monde.

Car il y a bien là une opposition: ce que Jean annonçait, ce qu’il attendait, c’était l’explosion de la colère de Dieu! Il l’avait annoncée: la cognée à la racine, à la racine de l’arbre que Dieu enfin va moissonner; il va trier, il va séparer le bon grain du mauvais, il va, par une parole de sa bouche, détruire ses ennemis, il va une fois de plus dans l’Histoire et d’une manière définitive affirmer sa toute-puissance.

Et c’est justement ce qui ne se produit pas, c’est ce qui n’arrive pas, c’est ce qui va décevoir non seulement le Précurseur, mais les disciples, mais les apôtres, mais les plus intimes de Jésus. Rien ne se produira de ce que Jean attendait. Ce jour de colère n’éclatera pas.

La toute-puissance de Dieu se manifestera finalement dans la défaite, dans l’humiliation, dans la solitude, dans la nuit, dans les ténèbres effroyables, dans le cri du Golgotha : «O Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» (Mt 27, 46)

Comment est-ce que Jean, en tant qu’il appartient justement à l’ancienne économie, comment est-ce que Jean aurait pu concevoir que la toute-puissance de Dieu est celle de l’Amour et que l’Amour peut être vaincu, s’il ne trouve pas la réponse adéquate, cette réponse libre qui seule peut le fixer en nous et faire de lui la source même de notre vie.

Cet Évangile a cela justement d’infiniment précieux: c’est qu’en nous rendant sensible l’angoisse du Précurseur, en nous faisant entendre la réponse de Jésus, si discrète et tout empruntée à l’Écriture, en nous associant à cet éloge du Baptiste qui atteint le sommet des sommets, il nous permet, il nous rend sensible la distance infinie entre les conceptions que l’on avait avant et celles que nous devons inférer, celles qui jaillissent de l’Incarnation où Dieu instille à tout homme un cœur d’homme, et où il va justement nous apprendre que la suprême grandeur est le suprême dépouillement.

Dieu est-il un pouvoir, un pouvoir qui sait tout, un pouvoir qui exige tout, auquel nous sommes soumis irrésistiblement ou bien est-il un Amour, un Amour livré, un Amour offert, un Amour qui peut être refusé, un Amour qui accepte d’être rejeté jusqu’à la mort de la croix?

Toute la question est là et il semble bien que les chrétiens n’ont pas encore choisi, qu’ils n’ont pas compris que nous sommes là, à la croisée des chemins, qu’il faut prendre position et que: ou bien Dieu est un souverain qui peut nous écraser, ou bien il est un Amour qui nous libère, qui nous affranchit, qui nous conduit à la grandeur par une évacuation de nous-même, parce qu’il est éternellement donné, communiqué, vidé de soi dans l’extase de la très Sainte Trinité.

Chaque jour nous avons à apprendre cette leçon si difficile de grandeur et de dignité: c’est croire que la dernière place soit celle de Dieu, et qu’on ne peut l’y rejoindre que dans l’agenouillement du Lavement des pieds; croire que notre action toute-puissante, irrésistible soit celle de l’humilité agenouillée; croire que c’est dans le silence où l’on ne fait rien apparemment que l’on puisse atteindre toute l’extrémité de l’univers; croire que les chemins de l’Histoire passent par le cœur de chacun et que le plus petit, s’il aime, soulève le monde et lui donne son accomplissement qui ne peut être qu’un accomplissement d’amour.

Dernières publications

Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister
Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister

Pièce de théâtre: Vers la joie d’exister Un homme en souffrance et révolté découvre dans la pensée de Zundel une recherche vivante de joie et de clarté, une compréhension aussi

Lire
Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX
Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX

Œuvres complètes Maurice Zundel, tome IX L'option findamentale Avec ce tome 9 - et dernier - des oeuvres complètes de Maurice Zundel, tout ce que l’abbé a publié de son

Lire
Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025
Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025

Vidéos du colloque Maurice Zundel, Lausanne, 2025 «La pertinence de la pensée de Maurice Zundel pour aujourd’hui»: héritage et actualité. Toutes les vidéos du colloque scientifique à l’Université de Lausanne

Lire