Jésus nous conduit au Père
Le Christ, Roi de l’univers, Année A,
Mt 25, 31-46
Nous voulons une fois de plus aller à la rencontre de celui qui ne s’absente jamais de nous, avec tout notre enthousiasme et notre foi pour que nous devenions plus ouverts, plus accessibles au Christ Roi, dont nous célébrons le Mystère.
Homélie, Morges 1938
Mise en ligne: 19.11.20
Temps de lecture: 5 mn

Il serait presque cruel de demander à un enfant de faire le portrait de sa mère. Il peut l’avoir regardée maintes fois, mais du dedans de son cœur: il est devenu intérieur à elle, il la connaît ainsi. De même le fiancé pour sa fiancée: pour quiconque aime, c’est la même chose.
L’être aimé est un mystère dont toute description serait sacrilège. Le mystère est au-delà des mots et des images et on ne connaît vraiment qu’en s’assimilant au mystère de l’être aimé, en lui donnant sa propre vie afin qu’il devienne plus digne de Dieu.
Si cela est vrai de l’amour humain, c’est vrai à plus forte raison de notre intimité avec Dieu: Dieu est un grand secret d’amour et de vouloir aborder ce secret avec des mots, cela donne immédiatement l’impression d’un sacrilège. Souvent, le mot même de Dieu est comme un écran entre l’âme et le Père, parce qu’il est prononcé en dehors de nous-même.
Rien ne serait plus faux que de faire du miracle le signe essentiel de la voix de l’Amour.
On finit par déprécier la religion, parce qu’elle rapetisse Dieu à la mesure de l’homme et cela nous donne une forte impression de dégoût.
Il est donc impossible d’aborder Dieu, d’entrer dans ce sanctuaire d’amour qui est le cœur de notre Père Céleste sans ce sentiment de l’inaccessible. La première condition, c’est notre dé-mission (l’ouverture de notre être à la Présence de Dieu).
Nous nous représentons volontiers Jésus comme un faiseur de miracles et nous ne mesurons pas l’immense blessure que nous lui faisons souvent, à cause de cela. C’est pour cette raison qu’à certains moments, Jésus ne peut pas refouler ce cri de détresse : «Si vous ne voyez pas des signes, vous ne croirez jamais».
Rien ne serait plus faux que de faire du miracle le signe essentiel de la voix de l’Amour.
Tous ces signes ne sont rien à côté du plus petit mouvement d’espérance, d’amour qu’il serait appelé à susciter en nous. Il faut que le premier mouvement de notre être soit un mouvement de bonne volonté, une remise d’amour entre les mains du Seigneur. Nous n’allons rien promettre, nous n’allons prendre aucune résolution pour ne pas avoir à la transgresser. Il faut seulement nous jeter en lui pour lui demander de nous recréer.
Il n’y a pas de joie plus grande pour un père que lorsque son petit enfant, au bas d’une lettre écrite par sa mère, trace d’une écriture malhabile parce qu’il ne sait pas encore écrire et qu’il ne sait qu’aimer : «Papa, je t’aime et je t’embrasse». Le papa sait bien que l’enfant par lui-même est incapable de griffonner ces mots, mais son cœur bat dans le sien.
Nous pouvons transférer cette image dans le domaine spirituel, nous pouvons mettre notre main dans la main de Jésus.
Nous pouvons offrir au Père cette oblation d’amour qui peut être la nôtre, si nous sommes en Christ. Nous deviendrons capables de faire par lui ce que nous sommes incapables de faire par nous-même et, offrant au Père tout l’amour de son Fils, nous y ajouterons le nôtre en nous disant que cet amour est si faible, mais que c’est pourtant ce que nous avons de meilleur.


