Resumé: Notre Seigneur a été constamment au bord d’un secret que le monde ne pouvait pas porter : la suprême révélation de Dieu au monde. Le jour de la Pentecôte tout ne sera pas révélé, mais les apôtres seront ouverts à l’Esprit, à la proposition des fiançailles de Dieu avec l’humanité. Christ est apparu dans le monde en forme d’Église plus vivant que jamais, le Prince de la Vie a été crucifié afin que Sa Vie rejaillisse en nous. Soyons sûrs que nous sommes demeurés dans l’amour si la joie des autres n’a cessé de jaillir de notre vie. Si la grâce nous est donnée d’entrer dans le mystère de l’Église comme dans le mystère de la résurrection, alors nous tiendrons dans notre vie tout le secret de Dieu.
Notre Seigneur a été constamment au bord d’un secret
Une expression embarrassée
Il y a dans l’Évangile une certaine hésitation qui est l’explication la plus profonde de ces contradictions apparentes que nous voyions ce matin. Et cette hésitation que nous trouvons dans ces textes, cette hésitation qui donne naissance à ces apparentes contradictions, vient de ce que nous sommes constamment au bord d’un secret.
Lorsque vous devez garder par devers vous quelque chose que vous ne pouvez dire et que vous êtes obligés de vous expliquer en certaines circonstances, vous sentez alors que votre langage est embarrassé et vous avez le sentiment d’avoir trahi à moitié votre secret, tout en essayant de réserver l’essentiel du sujet.
Notre Seigneur a été constamment au bord d’un secret, ce secret qui était la suprême révélation de Dieu au monde, secret pourtant que le monde ne pouvait encore porter.
Eh bien, Notre Seigneur a été constamment au bord d’un secret, ce secret qui était la suprême révélation de Dieu au monde, secret pourtant que le monde ne pouvait encore porter. Et c’est pourquoi nous trouvons si souvent dans l’Evangile une expression embarrassée qui vient de ce que le Christ, ne pouvant en une fois dire tout son secret, d’autre part, ne pouvant trahir sa mission, étant obligé de préparer les âmes à cette révélation, y fait allusion en se servant du langage accoutumé et essayant de l’ouvrir pour que les âmes devinent et soient mieux préparées à recevoir le secret de Dieu.
Un doute était-il possible du côté de la science expérimentale de Jésus ?
Cette hésitation s’est-elle communiquée à l’âme du Christ ? Est-ce que du côté de Sa science expérimentale Dieu L’a laissé découvrir tout le long de Sa mission et pressentir, tout en ayant sur le plan de Sa science béatifique, divine, intemporelle, une certitude absolue, translucide, est-ce que du côté de Sa science expérimentale il n’y a pas eu un doute ? Puisqu’il parlait cette langue humaine, est-ce que ce n’est pas une hésitation de Sa science expérimentale qui s’est communiquée à Son langage ? Questions qu’il ne nous est pas permis de résoudre.
Mais il me semble qu’en affirmant qu’il y a dans le Christ une recherche mystérieuse qui embarrasse constamment Son langage, parce qu’il est constamment au bord d’un secret, nous avons l’explication la plus émouvante de ces contradictions apparentes de l’Evangile. Comment dire que le Message s’adresse à toutes les nations parce que le Cœur de Dieu n’a pas de frontières ? Comment dire que le Royaume de Dieu se réalisera au-dedans de nous et qu’il ne faut pas compter sur les miracles extérieurs ? Comment dire : mais oui, il vient le Royaume de Dieu ! Sans pouvoir préciser davantage sinon que cette génération sera celle de la Croix et que l’intelligence de ce royaume sera centrée sur la Croix, au-delà de la Croix ? Comment dire que le jugement n’est pas le jugement de l’homme par Dieu, mais le jugement de Dieu par l’homme ? Comment parler de la faiblesse de Dieu sans susciter l’horreur de son auditoire ?
L’auditoire du Christ trop faible pour porter la vérité
Vous le sentez, il y a dans toute cette impuissance du Christ à parler, il y a d’une part cette volonté de ne pas trahir Sa mission, Sa fidélité au Message, et d’autre part la connaissance de Son auditoire qu’il sait trop faible pour porter la vérité. C’est peut-être un des plus magnifiques témoignages de la fidélité des évangélistes que d’avoir gardé les traces de ces incertitudes.
Regardez, quand Jésus veut commencer après des mois et des mois d’initiation, quand II veut commencer à introduire Ses disciples dans le mystère de la Croix ; à peine Pierre a-t-il déclaré : « Tu es le Messie », à peine Pierre s’est-il élevé à ce sommet de la vie intérieure, quand Jésus commence à lui faire entrevoir que ce messianisme aboutira à la Croix, Pierre dit : « C’est impossible ! », et Jésus sera obligé de lui crier : « Retire-toi de moi, Satan ».
Avec combien plus d’hésitation le Christ était-Il obligé de parler à Son auditoire, si même avec Ses disciples Il ne pouvait tout dire du secret de Dieu. Il avait essayé de les préparer, Il leur avait montré que le Règne de Dieu n’était pas de ce monde, Il leur avait montré qu’il fallait être prêts à souffrir, à ne pas se servir de sa puissance, Il leur avait montré comment il fallait souffrir pour que le Royaume de Dieu s’accomplisse, qu’il fallait renoncer à cette royauté terrestre. Ils avaient écouté ces histoires, ils les avaient enregistrées, ils n’avaient pas compris. Il leur avait récité les paraboles, Il les leur avait chantées au bord du lac pour les mettre dans la voie, pour faire entrer dans leurs têtes que le Royaume exigeait leur collaboration. Ils s’étaient laissés charmer par ces paroles, ils n’avaient pas compris la morale du Royaume de Dieu, mais le dogme, la doctrine fondamentale, le secret d’Amour de Dieu, Il n’avait pas pu le leur confier.
Mais comment viendra-t-il ?
Et le jour où il essaiera dans la synagogue de Capharnaüm, dans une allusion encore indirecte, le jour où Il les invitera à se nourrir de Sa chair, le seul résultat qu’il obtiendra, sera que Ses disciples refuseront de Le suivre. Il n’y a que le groupe des Apôtres qui se tiendra étroitement serré contre Son Cœur.
Mais les Apôtres eux-mêmes, Il renonce à les instruire et Il n’a rien à ajouter lorsqu’il leur donne l’héritage de Son corps et de Son sang; Il leur dit seulement qu’il ne boira plus du fruit de la vigne, que lorsqu’ils seront réunis dans le Royaume de Son Père : « Nous ne nous quittons pas pour toujours, le Royaume de Dieu viendra, attendez-le. » Mais comment viendra-t-il ? C’est la dernière question des Apôtres.
La Pentecôte va déposséder d’eux-mêmes les apôtres… Le mystère de l’Église.
A la pentecôte, les apôtres seront ouverts à l’Esprit
Jésus a été constamment au bord de Son secret… C’est le jour de la Pentecôte qu’a éclaté le grand secret, les apôtres vont comprendre que tout ne leur sera pas révélé, mais tous les obstacles de leur Cœur vont tomber, ils seront ouverts à l’Esprit… Ils comprendront que leur royaume doit être de se donner à Dieu et qu’il ne s’agit que de L’aimer davantage.
Vous voyez comment Jésus a été constamment au bord de Son secret, et comment il lui a été impossible de le révéler avant que la Croix ne se dresse, avant qu’il n’ait quitté ses apôtres afin qu’ils reçoivent le Saint-Esprit, et c’est le jour de la Pentecôte qu’a éclaté le grand secret, ils vont comprendre que tout ne leur sera pas révélé, mais tous les obstacles de leur Cœur vont tomber, ils seront ouverts à l’Esprit. La Pentecôte va les déposséder d’eux-mêmes, ils vont renoncer à toute leur part et ils comprendront que leur royaume doit être de se donner à Dieu et qu’il ne s’agit que de L’aimer davantage.
Ils ne savent pas tout, ils n’ont pas de théologie savante, leur langage est malhabile, et, quand Pierre devra annoncer Jésus, il parlera de cet homme qui a rendu témoignage ! Bientôt il sera frappé de verges et se réjouira d’avoir mérité de souffrir pour le nom de Jésus. Et il guérira le boiteux au nom de Jésus : « Lève-toi et marche ! » (Actes 3:5) Et c’est lui qui trouvera ce mot magnifique : « Vous avez tué le Prince de la Vie. » (Actes 3:1) Les mots sont encore malhabiles, mais le Cœur est ouvert et l’Esprit pourra les transformer, ils pourront être instruits par l’Esprit et seront prêts à entrer dans le secret de Dieu.
Le lent établissement de la doctrine
Ils ont encore beaucoup à apprendre. Ils avaient l’habitude d’envisager le Royaume de Dieu comme réservé à Israël et à eux-mêmes comme à des privilégiés, et maintenant voici que les païens sont aussi appelés à être les citoyens de ce Royaume. Il faudra des années pour que tout cela devienne vraiment une doctrine, et que l’égalité des gentils soit reconnue dans la communauté chrétienne.
Et puis il y aura le mystère de la Parousie, cette attente déçue, le Seigneur qui ne revient pas, les murmures dans les communautés auxquelles Pierre adresse sa seconde épître. Non, ce faux Dieu, il ne reviendra pas ! Il faut détruire ce piège. Pour Dieu, mille ans sont comme un jour, mais attention, dit Saint Paul, attendez le Seigneur mais ne renoncez pas au travail, Sa venue n’est pas pour demain, attendez ! Et ils attendent jusqu’à la mort et ils finiront par comprendre. Et c’est le dernier d’entre eux, Saint Jean qui aura compris mieux que les autres, parce que les événements auront permis de discerner les plans différents de la prophétie et de voir que ce retour du Seigneur est déjà accompli, s’accomplit tous les jours dans les Cœurs qui s’ouvrent et se donnent, et l’Église alors vivra désormais remplie de ce grand secret qui est le secret de la faiblesse de Dieu.
La proposition des fiançailles de Dieu avec l’humanité
« Je vous ai fiancés à un époux unique pour vous présenter au Christ, comme une vierge pure. » Il s’agit d’une promesse d’Amour, il s’agit d’un mariage d’élection, et, si ces fiançailles ont commencé à l’origine du monde, la doctrine du péché originel est cette proposition des fiançailles de Dieu avec l’humanité, proposition repoussée et qui a été la première condamnation de Dieu par l’homme, le premier jugement de Dieu par les hommes.
On a vu beaucoup trop souvent ce récit du péché originel comme un piège tendu par Dieu à l’homme. C’était tout le contraire, c’était Dieu qui se proposait au jugement de l’homme, c’est l’affirmation que ce n’est pas Dieu qui a inventé la douleur, le mal et la mort.
Dieu se proposer dans des fiançailles avec toute l’humanité. L’humanité refuse, Dieu se laisse condamner, mais ne renonce pas à cette proposition, Il la renouvelle par Son Verbe, par le Christ, dans le sang de l’Agneau… Maintenant, l’humanité est en possession du secret de Dieu. Ce grand secret est toute la vie, tout le mystère de l’Église.
Dieu est la Vie, Dieu est Amour, Dieu est le Saint. Il ne peut qu’aimer et se proposer dans ces fiançailles avec toute l’humanité. L’humanité refuse, Dieu se laisse condamner, mais ne renonce pas à cette proposition, Il la renouvelle par Son Verbe, par le Christ, dans le sang de l’Agneau : « Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. » Maintenant, l’humanité est en possession du secret de Dieu. Ce grand secret est toute la vie, tout le mystère de l’Église.
Christ est apparu dans le monde en forme d’Église
Vous vous rappelez comment le mystère de l’Église apparaît dans le monde, vous savez qu’historiquement parlant, rien n’est plus assuré que cette vérité que le Christ est mort, a disparu vaincu par la haine, mais qu’il est apparu dans le monde en forme d’Église plus vivant que jamais, vainqueur définitivement dans cette Église destinée à répandre Son Royaume sur toute la terre.
Qu’est-ce que l’Église ? Nous avons dit si souvent que l’Église, c’était Jésus, mais il nous faut de nouveau creuser cette notion. Il ne faut pas nous lasser d’entrer dans cette conscience de l’Église par laquelle il se fait une espèce de transsubstantiation. Ces hommes qui ne savaient rien, qui n’avaient rien compris, qui avaient retenu les mots matériellement mais qui nous les ont transmis avec fidélité, jusqu’au souvenir de leurs hésitations, ces hommes qui ont gardé tous les embarras de ce langage dans la lumière d’avant la Pentecôte tout en nous laissant baigner dans la Lumière d’après la Pentecôte, comment ces hommes en sont-ils venus à comprendre qu’ils étaient l’Église ?
Nous le comprenons sans peine lorsque nous le rapportons au mystère qui s’accomplit chaque matin et où l’Église puise la Vie, dans cette consécration, dans cette dépossession qui va lui permettre d’agir comme Jésus, qui va faire retentir la Parole du Christ sur la bouche du prêtre : « Ceci est Mon corps, Ceci est Mon sang. » C’est cela la conscience de l’Église : « Ce n’est pas moi, c’est Lui. » Et nous avons dit, et il faut le redire sans cesse, tant qu’on ne posera pas le problème de l’Église, tant qu’on ne l’envisagera pas dans cette lumière, il est insoluble.
Qu’est-ce que l’Église ?
Tous ces débats tragiques et douloureux entre les confessions chrétiennes au sujet de l’Église, viennent de ce que le débat n’est pas porté en ce sens unique : si l’Église, c’est simplement une assemblée d’hommes qui se réunissent sous le Nom du Christ, alors, en effet, il n’y a pas d’Église ! Ou bien l’Église est une création arbitraire d’une humanité qui, par ses propres efforts, interprète les Paroles du Christ, ou bien l’Église c’est au contraire l’aspiration de Dieu vers nous ! Alors tout le problème est : où réside Sa Parole, Sa Grâce, et où se perpétue Sa Présence ? Et quand l’Église de Pierre affirmera qu’elle ne peut pas ne pas dire ce qu’elle a vu et entendu, elle ne fera que déclarer sa propre nature : « Ce n’est pas moi, nous ne sommes rien, et Lui est tout. » Et ce que vous voyez, ce n’est que le sacrement de Sa Présence, de Sa Parole, de Son Action.
Vous ne pouvez atteindre au mystère de cette Église qu’en entrant vous-mêmes dans le mystère de la Croix, qu’en vous avançant en la Personne de Jésus pour y recueillir toute la Lumière de Sa Vérité. Cet aspect vous est assez connu pour que nous puissions en envisager un autre.
Si l’Église c’est le Christ en nous, au-delà de nous et souvent malgré nous, l’Église, c’est aussi nous dans le Christ, c’est notre vie engagée dans la Sienne, notre amour collaborant avec Son Amour, notre action devenant transparente à la Sienne.
Si l’Église, c’est le Christ en nous, au-delà de nous et souvent malgré nous, l’Église, c’est aussi nous dans le Christ, c’est notre vie engagée dans la Sienne, notre amour collaborant avec Son Amour, notre action devenant transparente à la Sienne. Et c’est sous cet aspect que le mystère de l’Église devient un mystère de résurrection.
Le mystère de l’Église est le mystère de la Résurrection du Christ. Si nous demeurons dans l’amour, la joie des autres ne cessera de jaillir en nous.
Adhérer au Christ en Croix
Nous avons beaucoup parlé de la douleur de Jésus, nous gardons dans notre Cœur cette plainte infinie de la solitude divine : « 0 vous tous qui passez, voyez s’il est une douleur semblable à la Mienne ? » (Lamentations 1:12) Mais tout en gardant au fond de notre Cœur ce testament de la détresse divine, nous pouvons nous réjouir en voyant dans l’Église l’exaucement de cette plainte, la guérison de Ses blessures, la fin de cette solitude, car enfin, l’Église, ce n’est pas Lui tout seul, mais Lui en nous et nous en Lui.
Si Jésus a attaché à Sa Croix l’édit de notre condamnation pour l’annuler, eh bien, à notre tour nous pouvons attacher à la Croix l’édit qui condamne le Christ pour l’annuler.
Saint Paul dit dans son épître aux Colossiens que Jésus a attaché à Sa Croix l’édit de notre condamnation pour l’annuler, eh bien, à notre tour nous pouvons attacher à la Croix l’édit qui condamne le Christ pour l’annuler.
Et c’est précisément cela que signifie au Cœur du mystère de l’Église, la Liturgie de la Messe : adhérer au Christ en Croix, se nourrir de la chair et du sang de Jésus, faire de la Passion du Sauveur, la nôtre, y entrer avec tout l’élan de son Cœur, c’est commencer en effet, à détruire la cause même de Son supplice. Puisque Son supplice vient de notre refus d’amour, tout acte d’amour atténue le supplice du Christ, Le détache de la Croix, est le prélude de Sa Résurrection.
Le mystère de la Rédemption de Dieu dans le cœur de l’homme
Il faut donc que nous voyions dans le mystère de l’autel, l’action essentielle. Elle est l’acte sublime, non pas de notre rédemption, mais de la Rédemption même de Dieu, cette Rédemption qui Le délivre de nos limites, de notre refus d’aimer, de cette puissance infernale de notre égoïsme qui a eu pouvoir sur Sa Vie et L’a tué. Et nous pouvons maintenant suspendre les effets de cette puissance infernale, renier tous nos reniements, inaugurer le mystère de Sa Résurrection.
Je pense qu’il vous sera impossible de regarder la sainte liturgie dans cette lumière sans avoir le désir impérieux de vous unir chaque matin au mystère de l’autel pour y adhérer au Prince de la Vie qui a été crucifié pour vous, afin que Sa Vie rejaillisse en vous, que vos Cœurs s’ouvrent aux espaces immenses de la charité et Lui permettent de poursuivre Sa royauté d’Amour en vous.
La Messe n’est donc pas la commémoration du mystère de la Croix, ce n’est pas seulement le mystère de notre Rédemption, mais le mystère de Sa Rédemption, c’est l’édit de la condamnation qui L’a crucifié, annulé par le don de notre vie, et c’est pourquoi il faut participer au mystère de la Messe tous les jours, même si nous sommes dans un état de totale sécheresse, même si vous ne sentez rien, même s’il vous semble que vous ne prenez aucune part au mystère de l’autel, pourvu qu’il ait, Lui, Sa part, pourvu qu’il puisse vivre en vous, qu’il trouve en vous tous les espaces de votre Cœur. Notre amour peut aller jusqu’à ce degré de pureté : renoncer pour l’amour à la joie de l’amour, pourvu qu’Il vive en nous.
Le mystère de la participation au corps et au sang du Corps du Christ
Et vous voyez avec quelle simplicité la sainte Église aborde le mystère de l’autel, avec quelle pauvreté elle articule son langage ! Et combien sobre la prière la plus haute de la Messe, celle du Canon, justement parce que l’Église n’a pas voulu exalter dans la sentimentalité cette rencontre dans le don pur d’une foi nue où tout doit être donné. S’il plaît à Dieu, que la joie rejaillisse en nous ou que nous soyons dans la sécheresse, qu’importe ! Pourvu que Sa joie à Lui soit parfaite, c’est là l’essentiel. Le mystère de l’Église apparaît donc dans la sainte Liturgie et en toute chose comme le mystère de Sa Résurrection.
Et puisque le Christ a été blessé, non seulement dans Son Cœur et dans Sa Personne mais dans Son corps mystique, dans l’univers tout entier, puisqu’Il est comme une mère blessée dans ses enfants et qui ne peut pas avoir de repos tant qu’ils n’ont pas recouvré la santé, il faudra que le mystère de la Résurrection, après s’être accompli dans la Personne du Christ, soit le mystère de notre participation au corps et au sang du Corps Mystique du Christ, dans cette diffusion de la Bonne Nouvelle, dans la joie dont le Christ nous a chargés pour les autres.
La joie meilleure que la douleur
La joie, pour finir, peut être le fruit de toute cette douleur. La première joie sera qu’il soit ressuscité le matin dans mon Cœur et elle fructifiera tout le long du jour dans le Cœur de nos frères.
La joie en soi, est meilleure que la douleur. Dieu n’aime pas la douleur, Il déteste la douleur, Il déteste la mort. Il y a entre Dieu et la mort, une inimitié personnelle, parce que la mort est la conséquence du péché, ce refus d’amour. Ce n’est pas Lui qui a inventé la mort, la douleur et le péché, et le rêve de Dieu pour Ses enfants est un rêve de joie. Si Ses enfants ne sont pas entrés dans la joie ce n’est pas la faute de Dieu qui est la première victime de la douleur, du péché, de la mort, victime dans Son Cœur parce que c’est le Cœur du premier Amour, et que chacune de nos fautes est une blessure infligée à l’Amour victime du mal et de la douleur dans le Cœur de Ses enfants, dans le corps de Ses enfants en lesquels Il a été déchiré, car Il est plus mère que toutes les mères et la compassion de Dieu pour Ses enfants est infinie.
Le mystère de la résurrection
Le mystère de résurrection demeure lié au mystère de l’Eucharistie. Le mystère de la résurrection s’accomplit en tout homme, vit en toutes les âmes défuntes qui sont dans le purgatoire. Il faut que ce mystère s’accomplisse dans toute la nature, en tout l’univers, partout, dans toutes les fibres de tous les êtres, il faut que le Christ ressuscite ! C’est cela notre tâche, l’œuvre de l’Église : porter la Joie. L’Evangile – le nom l’indique – c’est la Bonne Nouvelle. Le paradoxe ineffable de la tendresse divine, c’est que l’Evangile dont le centre est la Croix, la douleur et la mort, soit aussi la Bonne Nouvelle de la joie de la résurrection.
Nous avons ce pouvoir – après avoir tué Dieu – de Le faire naître dans le Cœur des hommes et de toute créature. Nous sommes envoyés dans le monde, nous sommes l’Église, chacun pour notre part, pour accomplir cette œuvre de vie, de joie et de résurrection.
Nous avons ce pouvoir – après avoir tué Dieu – de Le faire naître dans le Cœur des hommes et de toute créature. Nous sommes envoyés dans le monde, nous sommes l’Église, chacun pour notre part, nous sommes l’Église, pour accomplir cette œuvre de vie, de joie et de résurrection.
Soyons sûrs que nous sommes demeurés dans l’amour si la joie des autres n’a cessé de jaillir de notre vie
Si Dieu nous donne la Joie, qu’elle jaillisse à pleins bords au monde dans notre Cœur comme un cri d’action de grâce. S’il ne nous la donne pas, que par nous Il la donne aux autres.
Il ne faut pas cultiver en nous la douleur, comme si Dieu aimait mieux la douleur que la Joie. Si Dieu nous donne la Joie, qu’elle jaillisse à pleins bords au monde dans notre Cœur comme un cri d’action de grâce. S’il ne nous la donne pas, que par nous Il la donne aux autres.
Si nous avons assez de notre foi pour rester dans l’amour sans avoir la joie de l’amour, il n’est pas sûr que d’autres, qui ont moins reçu peut-être, qui sont moins entrés dans la connaissance de la grâce de Dieu, puissent se soutenir et découvrir Son visage s’il ne leur apparaît pas comme un Visage de Joie.
Il me semble que c’est entre ces deux pôles qu’est suspendue la vie chrétienne : entre la liturgie de la Messe où le Christ ressuscite en nous ET la joie des autres où Il achève de renaître dans le Cœur de nos frères. Au fond, tout est là. Ce sont les grands critères de notre vie : soyons chaque matin en état d’adhésion au mystère de la Croix dans le mystère de l’autel, afin que nous puissions chaque soir rendre témoignage que nous avons fait tous nos efforts pour qu’il n’y ait que de la joie et jamais de peine. Soyons sûrs que nous sommes demeurés dans l’amour si la joie des autres n’a cessé de jaillir de notre vie.
Tenir dans notre vie tout le secret de Dieu
Entrons dans le mystère de l’Église comme dans le mystère de la résurrection, alors nous tiendrons dans notre vie tout le secret de Dieu, nous entrerons dans ces fiançailles merveilleuses.
Demandons cette grâce d’être les missionnaires de la joie, les ambassadeurs de la bonne nouvelle et d’entrer dans le mystère de l’Église comme dans le mystère de la résurrection, alors nous tiendrons dans notre vie tout le secret de Dieu, nous entrerons dans ces fiançailles merveilleuses, proposées depuis le commencement dans cette proposition rejetée par les hommes, crucifiée par les hommes, dans cette proposition reprise sans cesse dans le Christ, dans l’hostie, dans le mystère de l’Église, afin que Sa vie rejaillisse en nous et que Sa mort devienne en nous le chant de Sa résurrection.
Il faut que nous terminions cette journée par le chant de l’Exultet (1) qui est le couronnement du mystère de la Croix dans le mystère de l’Église ! Que la flamme de notre amour devienne un beau cierge pascal : « Lumen Christi – Deo gratias. » « Lumière du Christ – Rendons grâce à Dieu. »
(1) L’Exultet, chant latin en usage dans la liturgie de la nuit de Pâques, la liturgie de la lumière. Il annonce la résurrection. Le 1er vers fait référence à la joie : « Exultet iam angelica turba caelorum » « Que saute de joie la foule des anges du ciel »
Date de publication sur le site : 27/08/2008 – 26/07/2017