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« L’immense importance de la désappropriation divine. »
Jésus-Christ n’a rien en propre ! Sa conscience d’homme est conscience d’être d’un Autre et de ne pouvoir témoigner que de cet Autre parce que l’Humanité de Jésus-Christ, quoi qu’Elle fasse, quoi qu’Elle dise, quoi qu’Elle éprouve, quoi qu’Elle sente, quoi qu’Elle souffre, témoigne toujours d’un Autre, témoigne de Dieu : elle est toujours une révélation de Dieu en Personne parce qu’Elle a Son Centre de gravité dans cette désappropriation infinie qui est la subsistance même du Verbe (du Fils) de Dieu, lequel n’a pas d’autre MOI que le MOI divin.
Il me semble qu’il est d’une immense importance que nous percevions l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ sous cet aspect de désappropriation : cela fait corps avec cette révélation de la Trinité qui est « la perle du Royaume ».
Si, dans le Nouveau Testament, tout est là, si tout Dieu est là, si le Christ nous enracine au cœur des relations des Personnes divines en la Trinité, si toute notre vie s’illumine dans ce concert des relations qui constituent la joie éternelle de Dieu dans Son infini dépouillement, c’est que, précisément, l’Incarnation elle-même s’enracine dans cette Pauvreté divine et en est la révélation, la manifestation et la Présence personnelle.
C’est dans ce sens et dans cette direction que nous pouvons comprendre pourquoi la Révélation christique est définitive et indépassable, c’est qu’on ne peut pas être plus dépouillé, plus désapproprié de soi que l’est la nature humaine de Jésus-Christ : il n’y a rien en Elle qui puisse limiter Dieu puisqu’elle n’a rien en propre ! C’est le plein midi de la Révélation parce que cette nature humaine du Christ est la transparence absolue d’un don infini.
Et qu’apprendrons-nous à travers cette Humanité de Notre Seigneur sinon à nous dépouiller de nous-même, à nous libérer, à devenir comme notre Père des « cieux », à surgir comme un pur élan d’amour où la vie trouve enfin sa véritable origine.
Il y a une circumincession (une entrée de chaque mystère en les autres) de toutes ces affirmations : dans les affirmations de la Trinité, de l’Incarnation, du mystère de l’Eglise, de la sainteté qui circule à travers la communion des saints : il s’agit toujours de cette liberté infinie, fondée sur une désappropriation radicale.
Maurice Zundel à Timadeuc en 1973