La révélation définitive est la Personne de Jésus et non les mots qui en parlent…
Dieu est en nous le seul chemin vers nous-même…
Dieu est en nous l’espace illimité où notre liberté respire.
Le ciel n’est pas là-bas derrière les étoiles, il est ici au-dedans de nous, c’est dans ce ciel au-dedans de nous que nous avons à rencontrer Dieu, et non pas en spéculant sur Lui, mais en entrant dans Sa Pauvreté.
Il est naturel que l’expression écrite de la Révélation soit défaillante dans les écrits sacrés émanant des premiers témoins, parce que, encore une fois, la Révélation définitive, ce ne sont pas les mots que Jésus a prononcés, mais ce Verbe éternel qu’il est.
La cosmologie ancienne logeait en haut, au-dessus de nos têtes et derrière les étoiles, ce qu’il y a de plus précieux dans l’Univers et qui s’étageait de sphère en sphère jusqu’à l’empyrée ! Elle avait l’habitude de situer spontanément la demeure de la dignité tout en haut, comme nous continuons de le dire en la situant, celle du Père, « dans les cieux ». De là vient l’expression : « Il est descendu du ciel » dont nous savons bien qu’il ne faut pas la prendre à la lettre puisque Dieu est toujours déjà là.
Ce n’est pas Dieu qui avait à venir à l’homme, c’est l’homme qui avait à venir à Dieu, et, justement, le mystère de Jésus, c’est que, en et par Lui, l’homme peut venir à Dieu et que, désormais, Dieu n’est plus exilé, loin de nous, relégué sous sa tente !
L’Humanité diaphane de Jésus est un pur sacrement, elle est même le sacrement des sacrements, et Dieu trouve dans cette Humanité de Jésus une Humanité complètement désappropriée d’elle-même parce que totalement assumée à la Pauvreté divine.
Pour nous, avec l’Incarnation divine en Jésus, commence un monde nouveau : Dieu cesse de nous écraser ! Dieu cesse d’être extérieur à nous-mêmes, Dieu cesse d’être une limite et une menace, Il est en nous l’espace illimité de notre liberté devenue illimitée elle-même. Il est en nous la respiration et l’échange de Sa tendresse, Dieu est en nous la clé de notre intimité, Dieu est en nous le seul chemin vers nous-même, et l’homme peut maintenant surgir dans toute sa grandeur, mais pas en se mettant au-dessus des autres et s’exaltant dans un sursaut paranoïaque !
L’homme peut alors surgir dans toute sa grandeur, parce que sa grandeur comme celle de Dieu ne peut se réaliser que par un total dépouillement, Kant lui-même l’a dit magnifiquement : « Traite l’humanité dans ta personne, du moins agis de manière à toujours traiter l’humanité dans ta personne et dans celle d’autrui comme une fin et jamais comme un moyen. » La fin, c’est donc l’homme, la fin est dans l’homme, la fin dernière est en nous ! Cela veut dire que : chacun est un univers, chacun est un centre, dans chacun l’Eternel fait un nouveau départ, dans chacun Dieu révèle un trait de son Visage qui ne peut se révéler à travers nul autre. L’homme est une fin. Toute valeur doit être subordonnée à l’homme. Toutes les richesses de l’Univers doivent être consacrées, tous les hommes doivent se lier ensemble pour défendre la dignité même d’un seul homme ! Oui, mais à une condition, c’est que chacun se constitue comme une valeur universelle, que chacun fasse de soi une source et une origine, que chacun devienne pour les autres un bien commun, un ferment de libération et une source de joie.
Le ciel n’est pas là-bas derrière les étoiles, il est ici au-dedans de nous, c’est dans ce ciel au-dedans de nous que nous avons à rencontrer Dieu, et non pas en spéculant sur Lui, mais en entrant dans Sa Pauvreté.
Si le Christ est indépassable, c’est parce qu’il est impossible d’être plus désapproprié que Lui ! Si nous ne sommes pas disciples de Bouddha, ce n’est pas que nous ne vénérions pas le Bouddha ! Si nous ne sommes pas des brahmanes, ce n’est que nous soyons insensibles au langage des védas ! Si nous ne sommes pas musulmans, ce n’est pas que nous soyons étrangers à la louange qui monte vers Allah ! Mais c’est parce que le Christ condense tout cela, l’éclaire, l’approfondit, l’élargit, en nous conduisant à la racine suprême de notre dignité et de notre grandeur qui est justement cette présence de Dieu, d’un Dieu désarmé, fragile, qui ne peut s’exprimer qu’en s’incarnant en nous.