Zundel, au Luxembourg en 1963.
La Création est une histoire à deux.
La vérité ne peut se faire jour en nous que si nous devenons lumière en elle.
La Création est une histoire à deux. La puissance de Dieu n’est pas la puissance d’une machine, ce n’est pas la puissance magique attribuée à un être fictif, la puissance divine, c’est la plénitude de l’Amour. Mais l’amour n’a d’efficacité que s’il trouve un amour où s’enraciner : on ne peut pas suspendre l’amour à un porte-manteau, pas plus qu’on ne peut empiler la vérité sous des masses de linge, la vérité ne peut se faire jour en nous que si nous devenons lumière en elle. La Beauté ne peut résonner que si nous sommes des personnes, des résonateurs, et l’amour ne peut nous atteindre que si notre cœur change d’orientation et si l’intimité d’autrui devient la nôtre. Autrement dit, selon le mot de Rimbaud, si « JE devient un Autre. »
Dieu justement est Amour, rien qu’Amour, Sa toute-puissance est dans Son ordre d’amour et devient toute impuissance lorsqu’elle ne rencontre pas l’amour ! Comme le génie le plus prestigieux ne peut rien si vous tapez sur une casserole au moment où il exécute sa symphonie, comme l’amour le plus nuptial ne peut rien si l’un des conjoints a perdu le sens de l’amour.
Le monde spirituel est une monde de réciprocité parce que c’est un monde de relation, c’est un monde de dépouillement, c’est un monde de pauvreté, c’est un monde où l’on ne peut devenir soi qu’en l’autre, et la plénitude de l’existence est justement dans cette relation.
Là où il n’y a pas d’amour, Dieu n’est pas, là où il n’y a pas d’amour, Dieu n’agit pas ! Cela veut dire qu’alors on ne peut pas déceler Sa présence comme on ne peut pas bénéficier de Son action. Non pas que Dieu se refuse ou se retire, Il est toujours dedans, Il est dans tout événement, au cœur de tout événement, mais il n’y peut agir que selon le degré de notre ouverture et de notre acceptation.