Le dernier mot de Jésus, c’est d’aimer l’homme.
Le sanctuaire de la Divinité, c’est l’homme.
Jésus à genoux devant toute l’humanité.
« C’est à cela que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés. Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Nous sommes ici aux derniers moments de la vie de Jésus et Jean nous donne ce commandement nouveau comme le testament de Jésus, très exactement comme le Nouveau Testament. C’est comme le dernier mot de Jésus dans la perspective johannique, et ce dernier mot, ce n’est pas d’aimer Dieu, ce qui semble aller de soi, c’est d’aimer l’homme.
Nous percevons toute la résonance nouvelle, toute la révolution contenue dans cette perspective : il ne s’agit pas d’aimer Dieu dans l’abstrait, d’aimer un Dieu qu’on imagine et façonne à son image, il s’agit d’aimer l’homme, l’homme avec ses limites, l’homme avec son animalité, L’homme avec tout ce qui, en lui, nous rebute et répugne, car c’est justement en dépassant tout cela que l’on atteindra au vrai Dieu.
Le Nouveau Testament, le Testament éternel, c’est d’aimer l’homme pour être sûr de ne pas manquer Dieu, et le réalisme incroyable, l’humanisme incomparable de ce Testament nouveau et éternel va être souligné de la manière la plus simple et la plus irrécusable par le lavement des pieds.
Il ne s’agit plus de se méprendre, nous ne sommes pas là en face d’un conseil qui peut être suivi ou non, nous sommes là au cœur de l’engagement évangélique car justement le sanctuaire de la Divinité, c’est l’homme. Ce sanctuaire n’est plus une montagne ou un haut lieu, ni un temple de pierre ou un tabernacle de métal précieux, le sanctuaire de la Divinité, c’est l’homme.
Nous ne pouvons rencontrer toute la sainteté divine que dans l’homme, autrement que signifierait cette scène qui a provoqué le scandale chez les Apôtres ? Cette scène où Jésus s’agenouille devant ceux qu’Il connaît si bien ?
Il y a le traître qui L’a vendu, il y a ce disciple passionné qui se portera tout à l’heure à sa défense et qui, aussitôt après, Le reniera, il y a Jean le bien-aimé qui va s’endormir comme tous les autres dans le jardin de l’agonie, il y a tous ces hommes rudes et passionnés qui L’ont suivi, qui ne doutent pas de Lui mais qui ne Le connaissent pas et qui n’ont encore rien compris : c’est devant eux que Jésus s’agenouille et, à travers eux, devant toute l’humanité parce que c’est cela le centre et la fin de la Création, ce sens qui n’est que de communiquer la présence divine et l’intimité divine. Et cela aboutira à cet échange : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu !
Et tant que l’homme ne sera pas ouvert et n’aura pas consenti, tant que le ciel ne sera pas en lui, et le ciel ne peut pas être ailleurs, Dieu demeurera inconnu, Sa présence restera insaisissable car elle ne peut se manifester que dans la transformation de l’homme en Lui. Et le royaume de Dieu en Pierre, en Jacques, en Jean, et en Judas est comme une possibilité que Jésus s’efforce de réveiller et de ranimer.
C’est la dernière chance de Jésus, sa dernière tentative avant la défaite suprême et la mort, pour les amener à découvrir en eux cette perle du royaume, pour leur faire comprendre que la Divinité est en eux et que c’est en eux qu’elle les attend, et que c’est là que doit se célébrer le culte en esprit et en vérité, dans cette ouverture d’eux-mêmes, dans cette transparence indispensable au rayonnement de la lumière.
Date de publication sur le site : 04/06/2005