1950 – Article revue – la flamme de Noël

25-26/12/2016
décembre 2016

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Texte de Maurice Zundel pour le Noël 1950 qui fut publié dans la revue Choisir à Genève en décembre 1976. (Retrouvé également dans le journal l’impartial de la Chaux-de-Fonds, Suisse, le mardi 24 décembre 1996.)

Une vieille légende florentine raconte qu’un certain Raniero Pazzi (*) qui s’était particulièrement distingué dans la conquête de Jérusalem, au temps de la première croisade, avait parié qu’il rapporterait à Florence la flamme d’un cierge, puisée à la lampe du Saint-Sépulcre. Le vent, la pluie, le froid, le sommeil et les brigands, sans compter la soif et la faim, s’étaient conjurés pour éteindre le feu sacré. Après mille aventures, il arriva enfin dans sa patrie, mort de fatigue et réduit ou peu s’en fallait, à l’état de squelette. C’était un Samedi saint : toutes les lampes de Sainte-Marie-des-Fleurs brillèrent, grâce à lui, de la flamme empruntée au tombeau du Seigneur. Il avait gagné son pari.

Mais il avait surtout, chose infiniment plus importante, découvert le sens de la vie. Toute sa brutalité avait été consumée par la fragilité du feu qui tremblait entre ses mains et qu’il avait dû défendre au péril de sa vie. Il était entré dans le royaume de l’amour où luit une lumière dont la bonté est seule capable de percevoir le jour.

C’est là tout le secret de Noël. On dit que les hommes sont égoïstes, méchants. C’est vrai et c’est faux tout ensemble. Ils sont capables, en réalité, d’une immense générosité. Davantage, seule la générosité peut les révéler à eux-mêmes ; mais ils ne rencontrent presque jamais l’objet qui fait jaillir, en eux, toutes les sources de l’amour. Et voici Dieu, sous les traits d’un enfant, qui leur confie sa mystérieuse fragilité. Pour être guéris de nous-même, il ne nous faut rien moins que cette flamme divine à protéger, cette flamme qui tremble dans nos mains, tremble dans nos cœurs, en faisant de chacun de nous, s’il y consent, la lumière du monde.


(*) Lire l’histoire de Raniero Pazzi racontée par Maurice Zundel lors de cette conférence titrée « La fragilité de Dieu » (recherchez le sous-titre: L’histoire de Raniero et de Francesca) :

27-31/12/2014 – Conférence – La fragilité de Dieu