1940 – Homélie – Le mystère de Jésus

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26-31/03/2017 mars 2017

précédente publication: 2-15/03/2013

Homélie de Maurice Zundel, au Caire en 1940, inédit.

Comme Dieu est le Dieu vivant, il est le Dieu des vivants. Comme les personnalités que nous pouvons rencontrer sont lui-même, nous avons une peine immense à nous élever à la contemplation de Dieu sans dissoudre Dieu dans toute chose. Dieu est Esprit et conscience lumineuse.

Comment expliquer l’immensité de Dieu, son ineffabilité fondamentale, sa personnalité suprême ?

Nous savons que sa personnalité se réfracte en trois foyers subsistant dans son œuvre et il est la source de la personnalité-conscience de sa souveraine sainteté.

Pour que Dieu ne demeure pas une abstraction, pour que nous puissions le trouver comme nôtre, il s’est révélé à nous dans le Christ, dans le mystère du Christ, dans le Christ qui est la voie qui conduit à la vérité et à la vie.

Le mystère de Jésus est un signe de contradiction parmi les hommes, et le demeurera toujours. On s’est beaucoup inquiété d’étudier la vie de Jésus. Les historiens ont prétendu esquisser un portrait étranger au problème de la foi, et après avoir étudié cette vie, ils ont fini par le nier.

Il faut concevoir que le problème de Jésus est un problème religieux, moral et spirituel. Et on ne peut l’aborder qu’en vivant à une certaine hauteur. Jésus est un mystère de foi, et quiconque n’aborde pas ce mystère avec la foi du dedans, apportée par la lumière divine, n’y entendra jamais rien.

Déjà au temps de sa vie historique, Jésus est un signe de contradiction : « Dis-nous qui tu es, donne-nous un signe qui vienne du ciel, afin que nous croyions en toi ». Quand même les morts ressusciteraient, ils ne le croiraient pas, parce qu’il faut une lumière intérieure qui vienne par l’Esprit. « Si vous ne voyez pas de miracles, vous ne comprendrez donc pas ? Je suis venu pour autre chose. Il s’agit de fonder le Règne de Dieu et de vous initier à la vérité ».

On a nié le miracle de Jésus, et il a fallu déchirer l’Evangile en petits morceaux et le nier aussi. Notre Seigneur savait que les miracles les plus éclatants ne susciteraient dans aucune âme une petite étincelle tant que cette âme est fermée à la lumière. « Personne ne peut venir à moi si mon Père qui m’a envoyé ne l’a dit ». (Jean 6:44)

Le démon le conduit au sommet du Temple et lui suggère de se jeter dans le vide. Mais Jésus s’est écrié : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». (Luc 4:9-12)

Le Royaume de Dieu ne vient pas avec éclat, Il est au-dedans de nous. C’est de ce silence que Jésus tient son titre de Messie. Il veut qu’on vienne à lui par cette parole intérieure : « Car seuls ceux là viennent à moi, qui sont instruits par le Père ». Un aveugle-né se présente devant Jésus pour être guéri. Jésus oint les yeux de l’aveugle avec de la boue et l’envoie se laver pour que le miracle s’accomplisse hors de sa vue, comme si ce n’était pas lui.

Une des garanties certaines de tous ces prodiges souvent difficiles à comprendre pour nous, c’est justement qu’ils n’ont jamais d’autre éclat que de souligner le caractère essentiellement spirituel de sa mission. Jésus n’eut pas le droit de faire des miracles dans sa ville, car il ne fait des miracles que pour que l’on dépasse sa vie et rencontre en lui le pain de vie.

Toute sa mission est Esprit. L’action que Jésus a mise sur son œuvre : l’Esprit. Des miracles qui seraient simplement une ostentation, une sorte de prestidigitation, c’est faux. Il avait le pouvoir de faire des miracles, parce qu’il était la plénitude de l’Esprit et qu’il est juste que la matière se plie à l’Esprit.

Quiconque n’a pas entendu la voix du Christ dans son cœur, n’est pas sensible au OUI de cette voix qui est le problème de la conscience ; il ne pourra étudier Jésus, il sera un philosophe comme Platon, Socrate. Mais celui qui a entendu la Parole divine, celui-là peut commencer à se demander qui est Jésus.

Jésus, sur le plan de l’Esprit, l’apportait comme un personnage religieux et non pas comme un philosophe. Celui qui commence à entendre, dans son cœur, le retentissement de cette voix, alors, il sait que le Christ a existé et qu’il existe encore.

Nous pouvons lire des livres qui flattent notre imagination, mais moralement, nous ne sommes convertis, dépouillés de nous-même que par l’exemple réel d’une personnalité sainte. Ce sont les paroles chargées de la lumière d’une vie d’amour qui peuvent nous ébranler. Et l’Evangile contient ces paroles. Vous connaissez ce chant : « Bienheureux les pauvres, ceux qui ont faim et qui ont soif ». (Matthieu 5) Ces mots merveilleux, immenses, parce qu’importe la détresse extérieure quand il y a au-dedans la vie de Jésus.

« Ne craignez rien quand on vous persécutera en mon nom, car Je suis en vous, et Je vous jugerai pour les paroles que vous aurez à dire, et je vous soutiendrai. Je ne vous laisserai pas orphelins ».

Celui qui accomplit ses œuvres pour être vu des hommes et qui donne l’aumône pour faire sonner la trompette, a déjà reçu sa récompense ; mais vous, faites la charité dans le secret, car votre Père voit dans le secret. Jésus essaie d’éveiller dans l’âme cette soif des biens spirituels, si vous le laissez entrer, cela deviendra la plus entière des révélations.

En Jean 4:3. Jésus, ayant quitté la Judée, remonta en Galilée. Il vint en Samarie, à Sichar près du Puits de Jacob. Jésus s’assit sur une marche du puits, et se tint là pendant quelques heures. Or, une femme de Samarie vint puiser de l’eau.

Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ! »

La femme dit : « Comment toi, qui es juif, me demandes-tu à boire ? »

« Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

Mais la femme lui dit : « Tu n’as pas de quoi puiser, où aurais-tu pris de l’eau vive ? »

« Quiconque boira de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura plus soif, car c’est une source de vie éternelle »

« Eh bien ! Donne-moi de cette eau ! »

« Va, appelle ton mari et viens ici ! »

« Je n’ai pas de mari. »

« Tu as raison de dire : Je n’ai point de mari, car tu vis avec un homme qui n’est pas ton mari. »

« Cependant, crois-moi, l’heure viendra où je ne serai plus sur cette montagne, ni à Jérusalem, et vous adorerez ce que vous ne connaissez pas et ce que nous connaissons, car Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en vérité. »

« Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en vérité. L’homme aussi est esprit et toi, femme perverse, tu es aussi esprit et il a besoin de ton adoration en esprit. Dégage-toi car ce Messie dont tu parles c’est celui-là même à qui tu parles ».

La femme s’agenouille et s’écrie : « Seigneur, ce n’est pas parce qu’on m’a dit que vous étiez le Fils de Dieu que je reconnais votre Parole, mais c’est parce que votre Parole est belle, au-dessus de toute parole que je reconnais que vous êtes Dieu ». [Interprétation libre du passage de Jean 4:3-26]

Et à la femme adultère (Jean 8:10-11) : « Femme ! Où sont tes accusateurs, ils ne t’ont pas condamnée, et moi non plus je ne te condamnerai pas. Va, et ne pèche plus ».

Quand on pense à la sainteté de Jésus, cette innocence et cette discrétion infinie : « Ils ne t’ont pas condamnée, moi non plus, va et ne pèche plus ! » Quand on a senti que cette Parole-là est unique, c’est à ce moment-là qu’on comprend le problème de Jésus. Celui qui a donné à cette parole cette puissance de rendement, celui-là nous a délivrés des idoles. L’invisible va déceler le propre de Jésus et nous montrer avec une persévérance étonnante en Jésus, le serviteur de Dieu.

Jésus est le serviteur de Dieu. Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et quand sa mère aux noces de Cana le presse d’accomplir ce prodige afin de venir au secours des époux – Non, dit-il, mon heure n’est pas venue, je suis au service de l’Esprit et ce n’est pas à moi à choisir cette heure, et quant à vous donner une première place dans mon Royaume, ce n’est pas à moi à vous la donner, mais à mon Père. Personne ne sait ce dernier jour, pas même le Fils de l’homme. Ma nourriture, c’est de faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Et à son agonie : « Père, que ta volonté se fasse et non la mienne ! » (Luc 22 :42 ; Matthieu 26:39) « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15:34 ; Matthieu 27:46)

Personne n’a une telle soif du Règne du Père, comme celle qui remplit le cœur du Christ. Toute sa vie est de s’effacer devant le Père, nous donner le Père, et lui est le serviteur. Il y a, en Jésus, le serviteur de Dieu.

« Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon ». (Luc 18:19 ; Matthieu 19:17 ; et Marc 10:18)

Le Lavement des pieds (Jean 13), où Jésus est encore le serviteur, Pierre ne veut pas que Jésus lui lave les pieds, car il se refuse à cette humiliation de son Maître. Jésus est l’esclave à genoux devant ses disciples et devant Judas. Et il se relève et dit : « Vous m’appelez le Seigneur et le Maître, et vous avez raison car Je le suis. » Autre aspect de la personnalité de Jésus, tout aussi authentique, qui éclaire l’autre et sans laquelle l’autre est incompréhensible. Il a été dit aux anciens : « Vous aimerez vos amis et vous haïrez vos ennemis, mais moi je vous dis : Vous aimerez vos ennemis, et vous prierez pour eux. » (Matthieu 5:43-44) « Que votre oui soit OUI, et que votre non soit NON ! » (Mathieu 5:37 ; Jacques 5:12)

Le fils de l’homme viendra entouré des anges et dira « J’ai eu faim, vous m’avez donné du pain, j’ai eu soif, vous m’avez donné de l’eau, car chaque fois que vous l’avez fait aux plus petits qui sont mes frères, vous l’avez fait pour moi. » (Matthieu 25 :35-40) « Chaque fois que vous l’avez fait aux plus petits.  » – « Et celui qui me voit, a vu le Père, car le Père et moi nous sommes UN, et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père. Il est temps que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, vous ne recevrez pas la charité. » (Jean 14:9-12) « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » (Jean 14:6)

Au Temple de Jérusalem, un homme qui avait une vigne, fit construire un pressoir et, au temps des vendanges, il envoie ses serviteurs chercher les fruits, mais les serviteurs ne reviennent pas, et il envoie son fils unique et son fils est tué, mais le maître dit : « Les choses s’accomplissent. » La vigne : c’est Israël, le Maître d’Israël : le Père et le Fils, le Fils unique. (Marc 12 :1-12 ; Matthieu 21:33-46 ; Luc 20:9-19)

Au moment suprême où il ne peut plus se dérober au témoignage : « Es-tu le Christ, le Fils du Père : Tu l’as dit, Je le suis. » (Marc 14:61-62 ; Matthieu 26:63-64)

Jésus parle comme Dieu, et il a le droit de parler ainsi. Ses exigences sont tellement humbles et tellement profondes que ces paroles mises dans la bouche de Jean-Baptiste et de saint Paul nous donneraient une impression de folie. Mais de sa bouche, non, car il est si humble que nous le reconnaissons comme le Fils de Dieu.

Essayons de nous représenter ce que peut signifier pour nous le mystère de l’Incarnation. La seule interprétation qui ait un sens moral, il s’agit du Règne de Dieu, le grand objectif de Jésus, c’est de prêcher, de réaliser, de faire vivre en nos cœurs le Règne de Dieu. Le péché, c’est le règne du moi. Le Règne de Dieu doit être d’abord réalisé avec une certitude absolue dans la personnalité du Rédempteur. Jésus n’a plus de moi à opposer au Règne de Dieu. Il ne peut nous imposer un refus, car il est la lumière, il est la vie. Le Règne de Dieu est fondé en lui. Il fallait cette atmosphère enveloppante de Dieu pour que l’homme puisse s’élever jusque là. Jésus a toujours prêché Dieu, puisque son humanité n’est qu’un sacrement divin.

Représenter l’Incarnation au moment de l’Annonciation, c’est la création dans le sein de la Vierge d’une nature humaine qui n’existe pas encore. Et la nature de la Vierge est tout ouverte à la divinité, au point que toute la lumière peut passer. Vous pourrez vous représenter les choses en reprenant ce mot de saint Jean : « La lumière luit et les ténèbres ne l’ont pas compris. » (Jean 1:5)

L’Incarnation aurait pu se réaliser en toutes les âmes, si toutes les âmes avaient été aussi ouvertes que celle de Jésus. Il n’y a pas eu de résistance, et c’est pour cela que la lumière a passé.

Et alors, nous arrivons à cette certitude que l’humilité de Jésus, c’est vraiment quelque chose d’unique, de fondamental, d’immensément grand puisqu’il est soumis à Dieu dans l’ordre de l’être même qui ne s’appartient plus. « Ce n’est plus moi qui suis, mais Dieu qui est moi. » Il s’est consumé un acte d’adoration inouï un acte d’action de grâce. Le mystère de l’Incarnation est un mystère plus grand pour l’âme de Jésus qu’il ne l’est pour nous. La veille de sa mort, quand Jésus fait instituer le mémorial de sa mort, il commence par rendre grâce. Rendre grâce du mystère du don qui lui a été fait et qu’il faut communiquer à tous les hommes.

Nous ne pouvons rentrer dans le Règne de Dieu sans être revêtus du Christ. Nous accédons à travers le Cœur de Jésus à la plénitude des Trois. « Je suis la Lumière et la Vie. » (Jean 14 :6). Il faut dépasser l’humanité, elle n’est que la vie qui conduit à l’humanité et à la vie.

Dieu a tant aimé le monde, il lui a donné son Fils unique et il a trouvé en Jésus une lumière, un temple tout prêt à recevoir la grâce divine. (Jean 3:16)

C’est pourquoi, il nous faut aimer le Christ avec un amour sans réserve, et nous laisser prendre par lui afin d’être revêtus par lui de sa divinité. Jésus est notre Seigneur, notre chef et notre frère aimé.

Apportez au monde la plénitude de la vie dans le Règne de Jésus. Il ne peut pas faire de miracles, cela ne servirait à rien. Il ne peut plus revenir car il a été Crucifié et il attend simplement, dans un silence merveilleux, les âmes qu’il aime et pour qui il est mort.