13/04/2017 – un Dieu agenouillé

Zundel
nous parle du Lavement des pieds. Suit un commentaire de Lyliane Caillaux sur ce passage de l’Évangile de Jean, chapitre 13.

Un Dieu agenouillé (*)

« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13:15)

Le lavement des pieds, qui se situe aux derniers jours de Jésus, le lavement des pieds est comme la révélation brusquée de tout le secret de Jésus. Il signifie d’une part que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous, que Dieu est, comme Jésus l’avait présenté à la Samaritaine, une source en nous qui jaillit en Vie Éternelle, que le Temple n’est plus le sanctuaire prodigieux, magnifique et qui fait l’admiration des juifs et du monde entier, quand ils viennent en pèlerinage : le vrai sanctuaire c’est l’homme, c’est l’homme !

L’au-delà est au-dedans, il n’est pas après, il n’est pas derrière les nuages, au-dessus des étoiles, il est ici, maintenant, dans un présent qui demeure et peut demeurer, et qui est appelé à demeurer à jamais.

Le royaume de Dieu est ici, maintenant, au-dedans de nous. L’au-delà et l’après sont aujourd’hui, mais au-dedans. Et Dieu est à genoux. Dieu est à genoux ! (…)

Il est là avec tout son amour et Il est là dans la grandeur unique, la seule vraie grandeur, qui est une grandeur de générosité. Toutes les hiérarchies sont renversées… Une vraie grandeur ne peut pas être une grandeur exhibitionniste, comme est toute grandeur humaine…

Le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ est un Dieu agenouillé, qui n’a et qui n’est que son amour, un Dieu qui est engagé dans une réciprocité où il n’est pas dit qu’il aura le dernier mot, car la force de l’Amour, c’est le Don de Lui-même, et cette puissance de don exclut absolument toute espèce de contrainte.


 

Contempler Jésus à genoux aux pieds des siens… (Évangile de Jean chapitre 13)

Extrait de la méditation sur Jean 13 par Lyliane Caillaux au Groupe Zundel à ND de Venière (**)

L’Heure étant venue

Dans ce récit du lavement des pieds, Jésus ouvre lui-même le -commencement- de sa Passion.

Ce chapitre apparaît comme un second « prologue » de Jean. Deux phrases très simples introduisent ce moment. Un mot en fait l’unité : sachant que l’heure est venue… sachant que son Père a tout remis entre ses mains (v. 1-3).

C’est en pleine conscience et lucidité que Jésus « entre » dans Sa Passion… A Cana, – l’heure – n’est pas venue (Jn 2:4). Avec la Samaritaine – l’heure – vient (Jn 4:23). Jésus maintenant « sait » que l’heure est venue (v. 1).

Il les aima

C’est maintenant – le thème de l’amour absolu – …. Il les aima jusqu’au bout, c’est à dire « jusqu’à l’extrême » de l’amour, jusqu’au comble de l’amour !

Au seuil de ce deuxième prologue, la clé d’interprétation c’est « Il les aima » de la première à la dernière heure !

On comprend mieux le « contrepoint » (v. 2) avec la parenthèse sur Judas : Le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, l’intention de le livrer ! Dans le premier prologue la LUMIERE était opposée aux TENEBRES, ici, l’AMOUR est opposé à la TRAHISON. C’est le même mot « livré » qui sera l’ultime expression du DON DE DIEU fait aux hommes – « inclinant la tête il -livra- l’Esprit. » (Jn 19:30)

Déroulé de la scène

Relisons la scène avec une certaine lenteur : Jésus se lève, il dépose son vêtement, il prend le linge, Il le met autour de ses reins, il verse l’eau dans un bassin, il lave les pieds et puis les essuie avec le linge passé à sa ceinture (Jn 13:4-5). Jean insiste au ralenti comme avec une caméra sur tous les détails…

Jésus se lève de table, il dépose son vêtement (Jn 13:4). Ce mot « déposer » est très important il ne se trouve qu’en St Jean. Il reprend le mot du bon berger qui « dépose » sa vie pour ses brebis (Jn 10:11). De l’esclave Jésus adopte la tenue : un linge à la ceinture, il s’agenouille, humble geste, qu’on ne pouvait imposer à un serviteur juif même pour laver les pieds de son maître. Celui dont il vient d’être dit que le Père a tout remis entre ses mains, tient en fait en ses mains, le bassin et le linge pour laver les pieds de ses disciples.

De plus la scène ne se déroule pas avant le repas, mais « pendant le repas ». Il y a donc une signification singulière. Pour Jésus ce repas est « son repas », le dernier avec les siens. « Ce geste » de Jésus n’est pas un simple geste d’hospitalité, mais doit être compris comme un « geste prophétique » – symbolique avec deux significations. D’abord comme préfiguration de la Passion et aussi comme un rite initiatique pour les disciples, une « épreuve » à surmonter.

« Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, et se remit à table. » (Jn 13:12) Il « reprend » son vêtement – déjà Jésus avait affirmé : « Le Père m’aime parce je me dessaisis de ma vie pour la reprendre ensuite. Personne ne me l’enlève mais je m’en dessaisis de moi-même. J’ai le pouvoir de m’en dessaisir et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10:17-18 )

Un exemple donné

Enfin, Jésus conclut : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13:15) Le mot utilisé « exemple » est plus que modèle, il signifie « faire voir, montrer » qui a chez Jean une valeur théologique. « Comme le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. » (Jn 5:20). Ainsi le Fils montre aux disciples ce qu’il fait.

« Voir » chez Jean c’est être surpris par une Présence ! C’est contempler la profondeur… Cet exemple n’est pas simplement un modèle à imiter mais un DON qui génère le comportement des disciples à l’avenir. On pourrait dire : en agissant ainsi, je vous donne d’agir de même. Ainsi cette exhortation prend la forme d’une béatitude : Heureux serez-vous, si vous le faites !

Jésus et Marie de Béthanie, un même geste

Pour terminer, voici un parallèle en partage. On a bien vu dans ce geste de Jésus (ch. 13), celui du service et de l’humilité, mais on a moins souligné le geste de l’amant. Pourtant, l’évangile de Jean lui-même fait le parallèle : au chapitre qui précède, juste avant l’entrée à Jérusalem, Marie de Béthanie s’est, elle aussi, agenouillée. Elle a lavé les pieds du Maître, elle les a baignés de parfum, et les a essuyés de ses cheveux. Geste de l’épouse, de l’aimante… Le même verbe grec est employé dans les deux cas pour laver, et ainsi la dernière entrée à Jérusalem se trouve encadrée de ces deux récits de lavement des pieds. Étonnant, non ? Et voilà que le Maître lui-même le proclame : « Faites, vous aussi, ceci. »


(*) Livre de Zundel – « Pour toi, qui suis-je ? » – Sarment. (extrait p.275ss)

(**) Lyliane Caillaux, veuve consacrée, bibliste, éducatrice spécialisée en sciences de la famille. lycaillauxbethel@wanadoo.fr